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L’Europe des Six : 1958 – 1973

Fiche d’histoire contemporaine

dimanche 27 juillet 2008, par Anne-Renée Castex, Eclairement

Suite de notre série de fiches sur l’Europe. Après avoir vu les débuts de la construction européenne, de la CECA à la CEE, voyons maintenant la période fondatrice de consolidation de la construction européenne, qui commence aux lendemains de la signature des traités de Rome pour s’achever avec l’entrée de 3 nouveaux membres en 1973, preuve s’il en est du succès du Marché Commun.

La période 1958 – 1973 est une période fondatrice de mise en application des traités de Rome.

Un double compromis :

Chronologie : 2 périodes

Echecs politiques, réussites économiques : 1958 – 1968

Nouvelle configuration des trois Grands

1) France :

De Gaulle et l’Europe : Ve République (1958), De Gaulle en est le premier président. De Gaulle était hostile aux traités de Rome, mais il accepte le fait accompli.

Il veut faire pencher le compromis de 1957 vers le confédéralisme : pour lui, il faut que le conseil des ministres (structure intergouvernementale) reste souverain et devienne l’organe essentiel de la construction → très attaché au principe de l’unanimité → De Gaulle veut infléchir la CEE dans le sens confédéral et unioniste.

Pour lui, l’Europe doit avoit 4 caractéristiques principales :

Abandon progressif de l’Euratom : vidé de son contenu par De Gaulle dès 1959, pour profiter de la supériorité technique de la France en matière atomique pour mener une politique indépendante.
1960 : construction de la première bombe A française.

Intérêt pour un nouvel aspect de la construction, la PAC : dès 1959/1960, De Gaulle se rend compte qu’une politique agricole commune faciliterait la modernisation de l’agriculture française et ouvrirait de nouveaux débouchés aux produits français.

2) RFA :

Politique : majorité centrée sur la CDU (chrétiens-démocrates). Position plutôt fédéraliste et atlantiste.

Economie : première puissance industrielle européenne. La RFA devient également une puissance commerciale. À partir de 1958/1959, la RFA connaît les taux de croissance les plus forts de l’Europe continentale (7%/an).

La RFA est favorable à l’union douanière pour étendre ses marchés mais elle est beaucoup plus réticente à l’égard d’une politique agricole européenne. Elle est plutôt favorable à une entrée de la Grande Bretagne dans le Marché Commun.

→ La RFA devient un acteur majeur de l’Europe, vu que celle-ci se construit d’abord sur le plan économique.
Nota : sa puissance politique est limitée (pas de siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU).

3) Le Royaume-Uni :

Contexte : les conservateurs sont au pouvoir ([rouge]Churchill, Eden[/rouge], puis [rouge]Mac Millan[/rouge]). 1957/1958 : tentative de concurrencer le Marché Commun → création de l’AELE (association européenne de libre-échange) : pays scandinaves, Suisse, Autriche. L’initiative aura un succès limité : ces pays commercent peu entre eux.

Une première entrée ratée dans la CEE :

1961 : première candidature anglaise pour entrer dans le Marché Commun → véto français.

Causes : Angleterre trop tournée vers le Commonwealth (→ partenaire potentiellement non loyal à l’égard de la préférence communautaire), trop atlantiste. De plus, De Gaulle craint que l’Angleterre ne veuille faire de l’Europe une simple zone de libre-échange, avec peu d’institutions fortes sur le plan politique.

Paradoxe : Anglais comme Français ont une position confédérale.

++++Echecs politiques

Cinq échecs politiques et une réussite :

Malgré ces 5 échecs, la construction continue, grâce aux 2 piliers (union douanière, PAC). Néanmoins, à partir de 1967, l’Europe est paralysée par ces échecs successifs.

Une réussite, l’axe franco-allemand :

janvier 1963 : traité de l’Elysée. C’est un traité d’amitié franco-allemand, signé par [rouge]De Gaulle et Adenauer[/rouge]. Il envisage une coopération permanente c’est à dire l’instauration de sommets franco-allemands périodiques (2/an), pour traiter des questions internationales et européennes.

2 volets :

→ Cette réussite consolide la construction de l’Europe des 6 en lui donnant une ossature franco-allemande (axe franco-allemand).

++++La PAC

Il en est question dès 1957 (traités de Rome). C’est [rouge]Sicco Mansholt[/rouge] (ministre de l’agriculture néerlandais) qui est chargé de cette question. Pb : place disparate occupée par l’agriculture selon les pays.

FEOGA (Fonds européen d’orientation et de garantie agricoles) : principal instrument financier permettant de mettre en œuvre la politique agricole commune. Créé en 1962 en même temps que la PAC. Le Marché Commun va doter ce fonds → fonds versés par les pays (= structure confédérale).

But : garantir des prix élevés pour certaines marchandises (au-dessus des prix mondiaux), pour maintenir aux agriculteurs un niveau de vie semblable à celui des non-agriculteurs.

Fonctionnement : les prix de vente à l’international sont les mêmes que les prix mondiaux ; c’est le Feoga qui verse la différence.
→ Politique agricole très coûteuse : part la plus importante du budget européen dans les 1960’s
(¾ du budget).
→ Tensions entre ceux qui veulent une politique agricole minimale et ceux qui veulent une politique agricole maximale (France).

Vers les élargissements : 1969 – 1973

Un nouveau contexte :

Dès son arrivée, Pompidou envisage de s’appuyer sur les acquis de la PAC + faire de la France une grande puissance industrielle rivale de l’Allemagne : volonté de constituer des grands groupes industriels (→ fusions dans la chimie et la métallurgie).
Il en arrive à l’idée qu’il faut élargir l’Europe.

Elargir et “approfondir” l’Europe : Pompidou convoque un conseil à La Haye en 1969.

Buts : élargissement de l’Europe (nouveaux partenaires) et approfondissement (nouvelles institutions).

→ Projet de [rouge]Raymond Barre[/rouge] (vice-président de la Commission) d’union économique et monétaire (UEM). Nb : le système monétaire international, construit à Bretton Woods (1944), est en train de craquer (cause : affaiblissement du dollar). 1971 : Nixon met fin à la parité fixe du dollar.

→ Pompidou facilite la troisième candidature de l’Angleterre (négociations dès 1970). Les demandes d’entrée du Danemark, de la Norvège et de l’Irlande sont acceptées → référendum dans les 4 pays : les Norvégiens votent “non”. D’autres pays demandent l’association : Turquie (depuis 1963), Maroc, Tunisie, Chypre, Malte.

1er janvier 1973 : l’Europe des 6 passe à 9 équivalant au succès des élargissements. 3 nouveaux pays = Royaume-Uni, Irlande, Danemark.

→ Mais 1973 est aussi l’année du choc pétrolier qui marque la fin des Trente Glorieuses : la période suivante sera marquée par la crise et les problèmes monétaires → ralentissement de la construction.

En savoir plus :

- Carte de l’Europe élargie, site de la CCI de Clermont-Ferrand

- Carte des Etats adhérents, candidats, potentiels, site du Centre d’information sur l’Europe

Poursuivre votre lecture sur l’Europe

- De l’Europe des 9 à Maastricht

- Fédéralistes et Unionistes

- La citoyenneté européenne, une citoyenneté non vécue et encore incomplète


Source : cours de Michel Margairaz à Paris VIII, 2007/08.

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