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La nature de l’idée d’Europe unie

Fiche d’histoire contemporaine : l’européisme dans les 1920’s (4)

jeudi 3 mai 2007, par Anne-Renée Castex, Lucien

A travers quatre fiches détaillées, voici explicité l’européisme dans les années 1920. Après les deux premières parties sur l’Europe politique et sur l’Europe économique, et une troisième sur les moyens de la construction d’une Europe unie, voici la dernière partie consacrée à l’idée d’Europe unie. De nombreuses questions se posent : pourquoi faut-il construire l’Europe, qui doit construire l’Europe, quelles sont les frontières de l’Europe, quelle est la nature de l’idée d’Europe ?

Pourquoi construire l’Europe ?

Pourquoi construire l’Europe ?

- Taille critique du marché : argument utilisés par les tenants de l’économisme.

Argumentation : les progrès techniques tendent à la création de vastes marchés.
Exemple des Etats-Unis dont la réussite est attribuée à son « continentalisme ».

- Concurrence étrangère et risque de déclin européen : construire l’Europe c’est à dire volonté de conserver une forme d’hégémonie.

Cf. [rouge]Albert Demangeon[/rouge], Le déclin de l’Europe, 1920 : il parle de « crise d’hégémonie et d’expansion de l’Europe » → «  notre vieux pays est-il en danger de descendre, éclipsé par les jeunes nations qui montent ? »,
Cf. concurrence des « pays neufs » : crainte de la vassalité économique par rapport aux E.-U.
Danger de la concurrence asiatique : évoqué par Coudenhove (1924) et repris par Ortega y Gasset (1930).

- Menace soviétique : dont on pense qu’elle vise à conquérir le continent européen.

Cf. [rouge]Ortega y Gasset[/rouge] : « la construction de l’Europe en tant que grand Etat national serait l’unique entreprise qui pourrait s’opposer à la victoire du plan quinquennal ».

- Réponse à un processus d’autodestruction
Cf. concept de « guerre civile européenne » : idée que l’Europe se fédérera ou se détruira. La fédération est vue comme moyen d’éviter le suicide de l’Europe (guerre) → creuset de la nécessité de l’idée européenne.

++++À qui revient la responsabilité de construire l’Europe ?

À qui revient la responsabilité de construire l’Europe ?

Les penseurs de l’Europe unie préfèrent en général s’en remettre aux élites plutôt qu’aux masses :

++++L’Europe par la force ?

Construire l’Europe par la contrainte

Idées des idéologie extrêmes :

→ Idée que la fédération européenne n’est pas possible sans le leadership d’un Etat.
On retrouve cette idée chez Coudenhove et d’autres : construction autour du couple franco-allemand réconcilié.

(1) Cf. deux articles parus dans L’Action française en 1925 et 1928.

++++Quelles frontières ?

Les plans d’Europe unie sont à « à géographie variable » (cf. Jean-Luc Chabot).

Débat sur les frontières de l’Europe : concerne les marges atlantiques, insulaires et orientales.

Quatre pays font toujours l’objet de discussions :

Question des empires coloniaux ayant des métropoles européennes : faut-il aller vers l’internationalisation de la mise en valeur des colonies ? Ou, au contraire, exclure les colonies du processus de construction de l’Europe ?

Mironesco (premier ministre roumain), 1929, conférence à Bucarest : « Nous ne pouvons pas dire maintenant où commence et où finit l’Europe. Mais qu’importe ? [...] En réalité, les confins de la Fédération sont ceux des Etats participants, et pour nous ces confins seront en même temps les frontières de l’Europe... »
→ L’UE est ainsi le projet partagé par des Etats.

++++Mystique, idéologie ou idée politique ?

Mysticisme : les mémoires, comme les écrits de certains promoteurs de l’unification européenne empruntent souvent au discours religieux.
« Croisade » pour l’Europe unie, oeuvre d’une vie pour assurer le triomphe d’une idée.

Ses Adversaires sont le nationalisme, le communisme, le fanatisme.
La référence à Dieu est notamment explicite chez Benda : « L’Europe n’est qu’un moment de notre retour en Dieu ».

Idéologie : peut-on considérer l’européisme comme une idéologie, en réaction au communisme et au nationalisme totalitaire ?

Plusieurs approches :

→ En fin de compte l’Européisme est fait d’emprunts idéologiques divers provenant des courants de pensée du 19ème siècle (romantisme, fédéralisme, pacifisme, universalisme, arbitrage, socialisme), qui ont en commun la quête d’humanisme. Volonté des européistes de prendre le relais de l’internationalisme wilsonien.

Poursuivre votre lecture sur l’Europe :

- Fédéralistes et Unionistes

- Construire l’Europe : le débat régionaliste dans les années 1930

- Une Europe des démocraties : 1936 - 1940


Source : Sylvain Schirmann, Quel ordre européen ? : De Versailles à la chute du IIIe Reich, A. Colin, 2006.

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