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L’art s’empare de l’absinthe, ou l’inverse peut-être ...

lundi 14 mars 2016, par Floriane

Zola, Van Gogh, Verlaine, Barbara et bien d’autres feront de l’Absinthe, une boisson intemporelle, mystique et légendaire.

À la fin du XIXe siècle, l’absinthe est consommée par la bourgeoisie, cet apéritif prend alors le doux petit nom de « la fée verte des boulevards ». Sa popularité grandissante, la production augmenta, passant de 700 000 à 36 000 000 litres entre 1874 et 1910. Impressionnant n’est-ce pas ?

Remarquons que le verre de vin coûtait plus cher que celui de l’absinthe.

Littérature, peinture, poésie, chant, s’emparèrent bien évidemment de ce succès, et bâtirent l’histoire d’un alcool provoquant la démence. Verlaine pour exemple fera allusion à la « fée » dans le recueil de poésie La bonne chanson publié en 1870 :

En robe grise et verte avec des ruches,
Un jour de juin que j’étais soucieux,
Elle apparût souriante à mes yeux
Qui l’admiraient sans redouter d’embûches ;
Elle alla, vint, revint, s’assit, parla,
Légère et grave, ironique, attendrie :
Et je sentais en mon âme assombrie,
Comme un joyeux reflet de tout cela ;
Sa voix, étant de la musique fine,
Accompagnait délicieusement
L’esprit sans fiel de son babil charmant
Où la gaîté d’un cœur bon se devine.
Aussi soudain fus-je après le semblant
D’une révolte aussitôt étouffée,
Au plein pouvoir de la petite Fée
Que depuis lors je supplie en tremblant. »

D’une rencontre, d’abord plaisante, il finit par décrire la soumission totale à la « petite fée ». Elle le possède. Sa volonté s’évapore au fil des vers.

Verlaine ne sera pas le seul, à construire un univers mystique autour de cet apéritif. En effet, y participeront Rimbaud, Edgar Allan Poe, Baudelaire, Zola au cours du roman L’Assommoir ou encore Oscar Wilde qui dira :

« l’absinthe apporte l’oubli, mais se fait payer en migraines. Le premier verre vous montre les choses comme vous voulez les voir, le second vous montre comme elles ne sont pas ; après le troisième vous les voyez comme elles sont vraiment ».

Degas, Van Gogh, Picasso peindront des œuvres qu’ils nommeront tout simplement Absinthe. Comme si, le seul mot suffisait à saisir la création.

Suite à de nombreuses pétitions et manifestations l’absinthe fut interdite en 1915. Une bataille gagnée par les viticulteurs qui prôneront « tous pour le vin, contre l’absinthe ».

Pour autant, cet alcool reste et restera toujours dans les esprits :

En chanson telles que l’Absinthe (simplement toujours) de Barbara en 1972, ou Dans le bleu de l’absinthe par Damien Saez en 2004…
En film : Alfie de Charles Shyer, Van Helsing de Stephen Sommers, Moulin Rouge de Baz Luhrmann ...

C’est une liste non exhaustive, d’autres vous viennent peut-être en tête ?

Dernièrement John Logan, producteur et scénariste américain s’empare du mythe dans sa série Penny Dreadful qui revisite les contes du XIXe siècle. C’est donc sans surprise que le personnage Dorian Gray tiré du roman d’Oscar Wilde, sert cet alcool à Ethan Chandler :


Épisode 4 de la saison 1 : Demi-Monde

C’est finalement en 2011, que l’absinthe reprit ses droits. L’interdiction levée, les distilleries sont ouvertes – légalement cette fois...

Et pour continuer notre parcours autour de l’absinthe, lisez l’article de Pierre sur la distillerie Awen Nature.


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