www.eclairement.com > Art et culture

Lien de Mê Linh : rencontre avec Jean Marc Turine au Centre Wallonie Bruxelles

mercredi 15 avril 2015, par Rayane

Organisé par l’association Les Editeurs Associés, le festival Raccord(s) célèbre le livre au coeur de Paris pour la deuxième année consécutive. La soirée du 9 avril organisée au Centre Wallonie Bruxelles dans le quartier de Beaubourg, consacrée à Jean Marc Turine fut l’occasion de découvrir ou redécouvrir le travail de cet écrivain-cinéaste belge à l’occasion de la sortie de son livre Liên de Mê Linh aux éditions Esperluète. Débutant par la projection de son film du même nom, la soirée s’est achevée par la présentation de son dernier ouvrage et un débat sur la question du crime de guerre américain au Vietnam.

C’est en 2007, alors qu’il se rend au Vietnam pour une émission de radio pour la RTBF que Jean Marc Turine prend conscience de l’étendue des dégâts provoqués par l’utilisation de l’Agent Orange par l’armée américaine dont le premier épandage eu lieu le 10 août 1961. C’est également en 2007 que Jean Marc Turine rencontre la famille de Liên, une jeune fille victime d’un très lourd handicap dont le père fut contaminé par l’Agent Orange. C’est ce qui frappa le plus Jean Marc Turine : l’étendue d’un drame courant sur plusieurs générations, à l’image de ce chauffeur de Da Nang qui lui confia sa crainte et son hésitation à faire des enfants.

A travers ce film, il donne la parole à ceux que l’on n’écoute pas. Car ce qui caractérise le travail de Jean Marc Turine, c’est cet intérêt pour l’autre, pour la différence, cette envie de « parler des choses dont on ne parle pas ». Allant à la rencontre des parents et des grands-parents de ces enfants handicapés, ces héros méconnus qui sacrifient tout pour ces familles, plus que détruites, maudites, dont les enfants portent en eux la malédiction du crime américain avant même d’être nés. La liste des handicaps est longue et insoutenable. Comme le dit cette homme dans le public à la fin de la projection : « Personne n’a osé applaudire. On ne peut que rester sans voix ».

Hybride, le film de Jean Marc Turine frappe par son aspect composite, entre l’horreur de son sujet et la beauté de ses plans de la jungle vietnâmienne. Une dualité que l’on retrouve plusieurs fois dans le discours de Jean Marc Turine lorsque celui-ci déclare : « il y a une malfaisance dans l’humanité, mas la vie est tellement belle ». Car la beauté reste présente malgré tout. Qu’elle soit dans la jungle, dans l’action de ses vétérans américains qui chaque année reviennent aux côtés des victimes oubliées du gouvernement, dans le sacrifice des familles qui n’ont rien d’autre à offrir qu’un amour inconditionnel, ou dans le sourire de Liên. Liên, qui a opéré sur Jean Marc Turine une séduction instantanée, elle qui est « si belle et si foutue en même temps ».

Edité par la maison Esperluète, le livre Liên de Mê Linh est une lettre ouverte au père de la jeune fille, dont des extraits viennent rythmer le documentaire. L’ouvrage de Jean Marc Turine est l’un des livres présentés lors du festival Raccord(s) qui se tiendra jusqu’au 12 avril à Paris. L’occasion de se retrouver et de célébrer la création sous toutes ses formes, de la littérature au cinéma, en passant par la musique et les arts graphiques.


Festival Raccord(s) – Paris du 8 au 12 avril 2015
Facebook : Festival Raccords
lesediteursassocies.com


© Tous les textes et documents disponibles sur ce site, sont, sauf mention contraire, protégés par une licence Creative Common (diffusion et reproduction libres avec l'obligation de citer l'auteur original et l'interdiction de toute modification et de toute utilisation commerciale sans autorisation préalable).