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Inédite Piaf au Hall de la Chanson - une (re)découverte

jeudi 23 mai 2013, par Claire Mélanie

Une création de Serge Hureau, avec Serge Hureau, Claude Barthélémy et Olivier Hussenet.

Le Hall de la Chanson propose notamment toute une série de spectacles ou de conférences pour découvrir ou redécouvrir la chanson française, dans le cadre du Centre national du Patrimoine de la Chanson.

Dans une salle chaleureuse, au placement libre - d’emblée, un aspect bon enfant. Un coin bar à l’extérieur, des discussions s’animent.

Surgit - le terme n’est qu’à moitié bien choisi - il apparaît surprenemment mais sans brusquerie - surgit, donc, Serge Hureau, interpellant le public tardif de 22 heures : "Vous êtes encore là ? " Oui, et nous ne savons pas encore à quoi nous attendre, c’est le principe de l’inédit et nous sommes à Inédite Piaf.

Serge Hureau se présente à nous par l’entrée spectateur. Les lumières de scène ne sont pas encore allumées. La projection sur le rideau, d’une peinture, nous cache les autres protagonistes. Quelques mots -essentiels - sur Piaf : sa robe noire comme son bleu de travail. C’est vrai, serge Hureau est en bleu de travail, un bleu qui nous paraît d’ailleurs, pour le moment, noir. Grosses chaussures, toile épaisse, rugosité du tissu, rugosité de la vie. Le ton est donné et nous tire vers le blues, ce blues qu’Edith Piaf aurait particulièrement apprécié. Ce blues à l’aune duquel un certain nombre d’inédits de Piaf et de faces B seront interprétés ce soir-là - interprétés ou revécus.

Derrière le rideau, nous découvrons alors Olivier Hussenet et Claude Barthélémy. Le premier à la flûte traversière basse - un monstre métallique et tyrannique d’un son léger et puissant - , le second aux guitares.
Serge Hureau s’en donne alors à coeur joie de se moquer de nous, public, en nous proposant, goguenard, des chansons toutes plus dramatiques les unes que les autres, en parsemant d’interludes anecdotiques les prestations musicales, chantées, théâtrales aussi.

Entre-temps, le spectateur s’est rendu compte que cet habit de travail noir était en fait bleu, un vrai bleu de travail, porté par les trois interprètes. Costume de scène pour s’effacer derrière la musique et les gestes, l’instrument et la voix. Costumes pour désigner le labeur et cette musique de la douleur qui se joue pourtant d’elle-même en se jouant : le blues dans toutes ses variantes, jusqu’au jazz. Serge Hureau est alors devenu tour à tour cheminot, cocotte, et nous l’avons vu - avant et arrière du décor dans cette rusticité voulue - se grimer et se dégrimer devant nous. Encore l’importance symbolique du visage et de la trace, accompagnés parfois de bras ballants ou du pas pesant du désespéré.

On nous raconte alors une histoire, où les personnages se démultiplient, où les prouesses instrumentales s’appuyant sur une simplicité de l’effet - pertinent - rythme le chant, s’en détache pour un parcours à la fois autonome et complémentaire. Un simple accompagnement vocal d’Olivier Hussenet sous forme d’un "comment" modulé avec force, entre corne de brume de l’appel au secours et appel à la prière orientaliste par exemple.

Mais jamais de pathos, lourd ou sirupeux. On conserve d’Edith Piaf le drame et l’ironie. Certaines chansons sont même interprétées à contre-courant, pour devenir enjouées. Enfin, on nous l’avait promis, voilà du gai, voilà de l’entraînant - presque. Mais cette interprétation dénudée et amusée suffit à la délectation.

La fin : on en redemande. Nous sommes salués par l’Hymne à l’amour en langue des signes ; modestie du chanteur qui sait que les instruments lui sont nécessaires, continuité dans l’importance du geste, et, jusqu’au bout, l’inédit - proposer à tous cette redécouverte de Piaf.
Public suspendu aux chansons comme à la narration ; un peu plus de récit n’aurait d’ailleurs pas été pour déplaire.
Lorsque le décalé se trouve finalement au plus près.

En savoir plus :

Site du Hall de la chanson


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