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Une provinciale au Salon du livre

vendredi 4 avril 2014, par Laëtitia T. impression

Mots-clefs :: arts visuels :: Littérature :: Roman ::

Du 21 au 24 mars 2014 se déroulait le Salon du Livre à Paris.
Puisque les instants pétillants ne manquent pas lors de cet événement littéraire, il y a matière à relater l’effervescence des lieux, perçue à travers les yeux d’une néophyte.


Pour quelqu’un qui ne réside pas dans la ville Lumière, avoir l’occasion d’explorer des univers à travers des expositions est inexorablement attirant. Lorsque l’on est féru de littérature, le Salon du livre est des plus attrayant. Et l’on regarde, à la télévision, ce défilé de personnes qui fourmillent, entourées de livres, avec une certaine envie.
Pour une fois, il n’était pour ma part plus question de frissonner derrière l’écran mais de découvrir la sensation d’y être.

L’atmosphère est propice à l’enchantement. On déambule le sourire aux lèvres, espérant dénicher un ouvrage palpitant. On découvre des ambiances diverses selon les pays, comme si l’on entreprenait un véritable périple de stands en stands. Des environnements colorés et festifs ornent la salle, de nombreux états se mettent en scène et dévoilent leurs traditions. Des brochures constellent les comptoirs et permettent aux visiteurs de s’informer sur les publications et le monde de l’édition d’autres nations.

Des événements sont organisés pour divertir et des conférences pour se cultiver, il paraît ainsi impossible de s’ennuyer. De la musique jazzy est même instaurée pour donner du rythme.
De bons présentateurs se chargent d’insuffler du tonus, l’un énonce une entrée en matière percutante : « Pierre Lemaitre, maître du polar qui a quitté l’univers du noir pour sniffer de la blanche » Accrocheur !

L’événement est une excellente occasion d’engager la conversation avec des libraires spécialistes, d’entendre des conseils lectures de leur part. Le salon du livre c’est aussi le moment d’aller à la rencontre
d’auteurs pour la séance dédicaces. La file d’attente semble parfois bien fastidieuse, les plus courageux sont prêts à patienter. Nous n’avons pas tous les jours l’opportunité d’avoir un bref échange avec notre auteur favori et de lui témoigner notre satisfaction.

Gilles Legardinier dont on m’a vanté les écrits était présent le samedi 22 mars. Ses ouvrages, intrigants par leurs couvertures ornées de chats, connaissent un réel succès. Cet écrivain paraît enjoué d’aller à la rencontre de ses fans. À ses côtés, François-Xavier Dillard, auteur de romans polars, s’adonne également à la signature d’autographes.

Une maison d’édition singulière

Je me souviens cet été, que, lorsque j’occupais un poste dans une médiathèque, j’avais été captivée par un type de livre d’une collection aux couvertures envoûtantes. Un triangle avec le titre et un petit Z en guise de logo. Qu’était-ce ? Je n’avais pas eu le loisir de véritablement le déceler, me contentant de ranger les livres. J’avais eu un coup de cœur certain pour le design.

Lors du salon, j’ai retrouvé ces visuels d’une élégance sans pareille. Une bibliothécaire nous accueille sur le stand, nous susurre le nom de la maison d’édition et il est peu aisé à attraper à la volée. Zumba, Zalum, on ne sait plus ! Zulma, est pourtant une référence à ne pas oublier.

Probablement que nos yeux se lassent de ces dessins et photos basiques des publications ordinaires. Ici, il y a un style graphique coloré, édulcoré et efficace. Certes la forme ne fait pas le fond, néanmoins, en terme de stratégie marketing c’était bien pensé.
La dame nous explique que l’arrivée en 2006 de David Pearson, le concepteur de tous les graphismes, a considérablement entraîné une hausse des ventes de cette collection. En l’occurrence, on narre les récits dont il est question à cet anglais et il imagine un visuel qu’il estime en adéquation avec l’histoire. Il faut dire que ces petits joyaux ont un effet attractif. « Don’t judge a book by its cover » clameraient nos voisins outre manche, mais nous ne pouvons nier qu’ici ces couvertures donnent envie d’aller découvrir l’intérieur.

Toujours est-il que résister à l’œuvre Kumudini de Rabindranath Tagore, prix Nobel de littérature en 1913, devient d’autant plus difficile avec une parure verte éclatante. Surtout que ce livre n’a en l’occurrence jamais été traduit du bengali vers le français. La maison d’édition fondée en 1991 est donc novatrice tant sur ses qualités esthétiques que sur des choix de contenus ouverts à la littérature du monde. Ce qu’elle propose est un excellent moyen de s’évader dans l’exotisme en s’imprégnant de cultures diverses.
J’entends une dame dire, l’air charmé, que La lettre à Helga est la plus belle déclaration d’amour qu’elle n’ait jamais lue, qu’elle a été transportée et touchée. De toute évidence elle n’est pas la seule d’après une critique en ligne.
La conseillère du stand, quant à elle, nous recommande amplement la littérature coréenne par laquelle elle semble avoir été conquise.

De l’islandaise Auður Ava Ólafsdóttir, au suédois August Strindberg en passant par l’iranienne Zoyâ Pirzâd, pléthore d’auteurs aux plumes authentiques jaillissent. George Pérec est même sur l’étalage, l’écrivain français novateur a trouvé sa place parmi ces compositions brillantes. Zulma serait donc une sorte de pléiade contemporaine à la fois sophistiquée et multiculturelle.

Le site officiel

L’Argentine à l’honneur

Quelle joie de découvrir que cette fabuleuse contrée était mise
en avant pour ce salon du livre. Ô Argentine, doux eldorado aux multiples charmes.

L’emblématique Mafalda siège donc au sein du stand principal.
Elle célèbre d’ailleurs cette année ses cinquante ans.
L’héroïne lucide et pugnace offre un regard avisé sur la société par ses désabusements juvéniles. Les personnages de ce comic strip sont souvent caricaturaux. L’ironie et le rire surgissent et font la force de ces aventures en quelques vignettes. Quino, le dessinateur, a été médaillé de la Légion d’honneur durant ce salon. Ce titre, qu’il adulait étant enfant, récompense son implication remarquable.

L’auteur argentin Julio Cortázar s’est vu dresser une fresque d’hommage retraçant les moments clefs de son existence. Il était lié à la France et avait vécu dans la capitale durant trente-trois ans.
Ses écrits surréalistes à la frontière du fantastique, constituent son originalité. Marelle est l’une de ses œuvres dont maints lecteurs ne tarissent pas d’éloges. Il fut également impliqué en poésie.

Profitons-en pour nous offrir une escapade à travers l’un de ses poèmes pour le moins ravissant :

Résumé en automne

Dans la voûte du soir chaque oiseau est un point du souvenir.
Je m’étonne quelquefois que la ferveur du temps
revienne, sans corps revienne, déjà sans but revienne ;
que la beauté, si brève dans son amour violent
nous réserve un écho lorsque la nuit descend.
 
Et ainsi quoi d’autre que de rester les bras pendants,
le cœur entassé et ce goût de poussière
que fut fleur ou chemin –
Le vol dépasse l’aile.
Sans humilité, savoir que ce qui reste
a été gagné à l’ombre par œuvre de silence ;
que la branche dans la main, que la larme obscure
sont héritage, l’homme et son histoire,
la lampe qui éclaire.

Jorge Luis Borgès, est une autre grande figure de Buenos Aires
dont la finesse et la réflexion étaient appréciées. Lors du salon, son nom était évidemment mentionné. L’écrivain ultraïste oscillait entre philosophie et écriture irrationnelle. La poésie était son domaine privilégié.

Les fleuves

Nous sommes temps. Nous sommes la fameuse
parabole d’Héraclite l’Obscur,
nous sommes l’eau, non pas le diamant dur,
l’eau qui se perd et non pas l’eau dormeuse.
Nous sommes fleuve et nous sommes les yeux
du grec qui vient dans le fleuve se voir.
Son reflet change en ce changeant miroir,
dans le cristal changeant comme le feu.
Nous sommes le vain fleuve tout tracé,
droit vers sa mer. L’ombre l’a enlacé.
Tout nous a dit adieu et tout s’enfuit
La mémoire ne trace aucun sillon.
Et cependant quelque chose tient bon.
Et cependant quelque chose gémit.

Sempé, un coup de crayon saupoudré d’idées

Puisque l’illustration est souvent liée à la littérature, une exposition
des dessins de Sempé permettait de s’imprégner du style du dessinateur du célèbre Petit Nicolas. Le regard de l’illustrateur est intéressant, il a une approche personnelle du monde de l’édition qui se reflète dans certaines de ses créations. Il est très concerné par le monde de la littérature, en 2012, il s’était impliqué contre la hausse de la TVA qui touchait le secteur du livre.

Au demeurant, le Salon du livre propose des phénomènes hétéroclites entre expositions, rencontres, séminaires et vente. Il est peu aisé de ne pas succomber face aux multiples variétés d’ouvrages présentés. Il y a de quoi satisfaire tous les goûts. En tant que lecteur zélé, on s’inspire de ce que l’on entend dire ou l’on prend en note des titres dont les résumés sont captivants. Mais surtout, on en vient à regretter que les vingt-quatre heures d’une journée soient si insuffisantes pour concilier un quotidien cadencé à une immersion dans toutes ces aventures romanesques prometteuses.
Le salon est donc avant tout symbole de partage d’une passion commune, et sans conteste un événement incontournable pour les bibliolâtres.

Une vidéo de l’ambiance cajoleuse et pédagogique de l’événement.

S’il ne faut terminer qu’avec une phrase, il me semble nécessaire
d’évoquer l’une des citations majestueuse de Proust :
« La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie,
la seule vie par conséquent réellement vécue, c’est la littérature. »


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