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Une découverte « des mondes » à travers « des hommes »

mardi 27 mai 2014, par Iymen B. impression

Mots-clefs :: arts visuels ::

L’exposition du Collège des Bernardins « Des hommes, des mondes » invite les cultures et les artistes du monde à s’exprimer. Mais également les spectateurs à ouvrir les yeux et la réflexion sur une créolisation des populations.


« Des hommes, des mondes » est une exposition qui invite au voyage à travers des œuvres singulières. Des artistes aux frontières floues, les œuvres exposées reflètent un idéal de mélange culturel. L’exposition donnait ainsi à se promener autour du monde à travers des créations plastiques ainsi que des tableaux des plus atypiques.
Mais c’est également et surtout un hommage au feu essayiste et poète Édouard Glissant, mort en 2011. Cette exhibition (et le titre porté par l’exposition) est directement inspiré de ses idéaux défendus au travers de ses écrits. Un bel hommage donc à un homme qui s’émerveillait de la diversité des mondes et de l’articulation qui en résultait. Tout cela à travers des écrits sagaces, notamment son ouvrage Le traité du Tout-monde, sorti en 1997.
Les œuvres présentées sont aussi différentes qu’elles ne reflètent le même message : une multiplicité des mondes.

Des bouts du monde mélangés

Ces artistes sont le résultat d’un mélange de plusieurs mondes, de sensations fondées sur une certaine multiplicité des sens acquises au travers de leur vie. Chaque monde est représenté par un artiste. Et chaque œuvre reflète des pensées au message unique. Les artistes donnent d’eux-mêmes, une part de leur personnalité multiculturelle. Une manière d’indiquer la grandeur de l’univers dans lequel nous vivons et évoluons.

Rina Banerjee nous emmène dans les tréfonds d’un crâne orné divinement, rappelant l’exotisme des îles, leur chaleur mais également un brin d’ombre qui plane au-dessus de ces endroits. C’est une chaleur presque satanique qui en découle mais qui reste indubitablement fascinante. Des titres longs mais évocateurs d’un monde diversifié. Le mélange des éléments, tels que les cheveux synthétiques, un vrai crâne animal, des plumes, du tissu, des coquillages… tout cela trouve sa juste place dans un coffre aux tonalités harmonieuses. Ses idéaux sont inscrits dans la chaire de ses œuvres, elle souhaite des cultures complémentaires, hautes en couleurs et qui se créent de cette manière. Non qui s’annulent entre elles. On comprend ainsi mieux sa démarche plastique. A cela s’ajoute des poupées atypiques, des représentations, des bouts de plastiques collés à une forme en verre. Ce sont les petites œuvres d’une plasticienne, Pascale Marthine Tayou. Les Poupées Pascale sont faites en cristal de verre rappelant des statuettes africaines, leur préciosité, leur fragilité due à tout un héritage… mais traversées par des objets du commun. C’est un mélange entre l’Afrique et l’Occident, le mélange sacré de peuples traversés par des histoires de mondialisations anciennes et actuelles.


Ingrid Luche, Charles Maingus, 2014

Ce travail est également présent dans les œuvres d’Ingrid Luche à travers des inspirations de tuniques amérindiennes. Mais il s’inscrit surtout à travers une pratique et des reflets populaires, tout comme le travail de Stéphane Vigny, qui reproduit deux œuvres majeures de l’artiste Constantin Brancusi. C’est un hommage à l’appropriation populaire des œuvres artistiques. Dans le jardin de ce haut lieu de culture [Le Collège des Bernardins] trônent ainsi deux sculptures de Stéphane Vigny, se mariant divinement bien avec le lieu. Elles semblent se fendre dans le paysage avec une certaine grâce.
C’est cette dimension de créolisation, de mélange et de sources populaires que tirent le plus grand profit l’art et ces œuvres présentées. C’est un hommage aux individus, à la culture populaire qui découle de ces populations, présente pour sustenter le monde de sens nouveaux.


Stéphane Vigny, Princessx-brancusillulaires & Lecoq-brancusillulaires, 2012

Un message clair aux origines multiples

On constate à travers ces œuvres que l’on peut exprimer la diversité et les mondes que nous traversons de diverses façons, autant de façons qu’il n’y a de monde, qu’il n’y a d’humains sur terre traversé par ces cultures. Elles sont diverses, indéfinissables et ne peuvent se cantonner à une minorité. Les cultures nous entourent, nous épousent et font de nous ce que nous sommes. Elles reflètent le monde dans sa conception la plus plurielle.

Nous sommes transportés en Chine, et dans le monde, avec l’œuvre imposante de Chen Zhen, The Voice of Migrators. Des vêtements noués entre eux, comme des humains liés, aux couleurs multiples. Mais surtout des voix qui surgissent de hauts parleurs à la surface de cette boule presque immense de couleurs. Des langues diverses, c’est l’expérience d’une acuité sensorielle. Ce sont des individus qui racontent leur migration en réponse à une question de l’artiste. Cela rappelle à la fois l’histoire du monde et l’histoire de chacun, ce qui a existé, ce qui peut exister et ce qui existera indéniablement dans le futur.


Chen ZHEN, The Voice of Migrators, 1995

On retrouve des tableaux qui épousent parfaitement ces idées, qui se ressemblent mais pourtant sont de différents artistes. Les couleurs choisies et les masques représentés traduisent l’accentuation du message à transmettre. Presque inquiétant, ces tableaux de Sylvie Fanchon et Romain Bernini peignent le monde. Ce sont des histoires ethniques, des images qui invitent au voir. C’est une atmosphère sombrement étrange qui s’en dégage, malgré des couleurs presque chatoyantes. L’effet délabré du tableau Avance rapide (Sylvie Fanchon) participe à dégager ces effets de flottement, tout comme le balancement des couleurs dans les tableaux de Romains Bernini.


Sylvie FANCHON, Avance Rapide


Sylvie FANCHON, Avance Rapide (détails)



Romain BERNINI, Tableaux de la série Cargo Cult

Ce qui est mis en avant sont également les origines diverses des artistes. Travaillant quasiment tous à Paris, ils connaissent pourtant, au-delà de la seule culture française, des origines et des inspirations venant du monde entier. Ainsi, Djamel Kokene Dorléans, expose un extrait de son travail Musée du Monde, entre autre chose. Ces sortes de palmiers aux petites lumières étincelantes rappelant une fête hivernale, Noël, mais restent tout de même noués à des palmiers, rappelant un exotisme d’ailleurs, éloigné.

Les tapis redéfinis par Achraf Touloub laissent entrevoir une technicité pixelisée, numérisée à son paroxysme. Cet artiste naît à Casablanca au Maroc et travaillant sur Paris, réinterprète à sa manière des tapis d’Orient en les réimprimant pour mettre en avant les nouages faits et la rigueur entretenu dans ce travail d’un autre siècle.


Djamel KOKENE DORLÉANS, extrait Musée du Monde, "entre autre chose"


Achraf TOULOUB, Écrans, 2014

Une dimension politique surgit également à travers le travail de Bruno Perrament.

Cette phrase nous frappe de part sa vivacité et son encrage naturel dans le tableau. Elle hante l’espace et semble surgir et se fondre à la fois dans la peinture. Les couleurs choisies ne nous laissent rien miroiter de bon. C’est une phrase tirée d’un discours prononcé par James Baker concernant le conflit israélo-palestinien.
Une interprétation qui peut être libre mais qui peut nous emprisonner pourtant, presque à nous étouffer dans les méandres des lignes bleus.

L’art participe ainsi à véhiculer une image des mélanges populaires. C’est un réel plaisir de comprendre cela. C’est une exposition vraie, interrogeant la place de la mondialisation à travers un art contemporain intelligent et bien pensé. Les artistes représentés ont une réelle réflexion et un discours créolisé. C’est une exposition qui reflète un état d’esprit singulier, qui s’inscrit dans une certaine forme d’adhérence au monde à travers sa diversité. Un message fort que le monde devrait écouter avec attention…

« Les pays que j’habite s’étoilent en archipels. Ils racontent les temps de leurs éclatements. » Édouard Glissant


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