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Un après-midi au Marché de la Poésie

mercredi 24 juin 2009, par Claire Mélanie impression

Mots-clefs :: La Revue du 24 :: Poésie ::

Pour le poème du 24, un petit compte-rendu de la 27ème édition du "Marché de la Poésie" à Paris, Place Saint-Sulpice.


Non loin du quartier Saint-Michel et en plein quartier Saint-Germain, deux quartiers célèbres pour leur vie intellectuelle au 19 et 20ème siècle, la place Saint-Sulpice et son marché, un rectangle fermé de petites cabanes, abritant, oui abritant quoi ? Nous ne le savons pas encore.

La trace des idées aux alentours ne se fait plus sentir et c’est le luxe qui s’est depuis longtemps installé : une boutique Yves saint-Laurent fait face au marché. Une introduction peu poétique pour un marché de poésie : une atmosphère un peu figée, de bourgeois et d’argentés en promenade.

Cependant le marché forme un petit îlot, une vie propre y est peut être en action, encerclé de voitures mais protégé d’arbres.

Nous pénétrons alors le lieu lui-même. Du monde, il y a beaucoup de monde pour ces allées assez étroites, du monde malgré la pluie de 13 heures, malgré la pluie menaçante. Une population inégalement diversifiée selon les moments : beaucoup d’universitaires, une moyenne d’âge pas si jeune que ça malgré la présence de beaucoup de trentenaires, absence d’adolescents ou presque.

Ce marché de la poésie, que propose-t-il ? Est-il une sorte de fête, est-il purement un marché, est-il exposition, événement ?

Ce marché de la poésie est un marché : on y vend des produits sur des étals, ici des livres. Des étals qui sonnent un peu trop comme les vitrines des éditeurs (Tarabuste, Flammarion, Champ Vallon, Gallimard, Lettres Vives, ...). D’un point de vue organisationnel, car plusieurs auteurs sont réunis dans une seul petite cabane, il se comprend que la répartition se fasse par éditeur, mais ce fonctionnement opère un retrait de l’auteur du devant de la scène pour mettre en avant l’industrie du livre.
Le propos reste à nuancer car le Marché de la Poésie est également l’occasion pour de petites maisons d’édition de se faire connaître elles et leurs publications.
Néanmoins, dans une première impression, ce fonctionnement en éditeurs vient insister sur le caractère mercantile ; presque comme aux rayons de la FNAC, nous voyageons parmi les enseignes plutôt que parmi les auteurs. Quoi de surprenant, il s’agit du marché de la poésie, pas de la fête de la poésie.

Et puis, viendrait-on critiquer le fait que ces auteurs, par ce biais, puissent présenter leur travail et que celui-ci soit, en bonne et due forme, acheté ? L’artiste comme un artisan vendant ses productions (créations) sur la criée.

Mais ce marché est aussi une exposition, du livre comme objet à part entière et objet travaillé. Effort des éditeurs (ou simple choix marketing) de proposer des livres à couverture très artistiques : peintures, gravures, dessins ; des couvertures au toucher travaillé : épaisseur, textures diverses du papier ; des livres comme objets uniques avec formats improbables : tout en hauteur dans du papier de soie, effet de préciosité, très petits, très colorés, des livres coffrets, des textes sculptures.

Le Marché de la Poésie, pour être apprécié, doit d’abord se voir comme une exposition de style graphique et de design proposée aux sens. Mais la poésie dans tout cela ? Se pose alors la question de la relation entre le poète, l’auteur et son éditeur : quelle est la part de choix de chaque auteur dans la mise en page et la construction de l’édition de son livre ? Pour l’éditeur, il s’agit de faire vendre des textes. Pour l’auteur, il s’agit de mettre son texte en valeur, mais quand on peut enfin être publié en tant que poète, impose-t-on vraiment ses choix ?

Pour le badaud le plus volontaire, c’est l’occasion de feuilleter et de découvrir. Une multitude de textes poétiques aux contenus très variés : du violent, du noir, du cru, de l’espérant, des sentiments toujours, des descriptions, des textes plus proches du récit, de la prose et des vers, des textes courts, des ensembles longs. Et des mots, beaucoup de mots offrant la possibilité à chacun de se reconnaître dans au moins un des textes, un des auteurs. Il y en a pour toutes les sensibilités, il y en a pour toutes les occasions.

Revenons alors sur les poètes au Marché : des noms importants et reconnus dans le champ de la poésie contemporaine (Antoine Emaz, Jean-Louis Giovannoni, Bernard Noël, Mathieu Bénézet ...), beaucoup de professeurs et d’universitaires. Mais en toute logique : ceux qui enseignent et étudient la littérature, pour beaucoup d’entre eux, sont aussi ceux qui l’écrivent, une intéressante résurgence de la pratique dans les études. Comme il est apprécié que l’enseignant en droit soit aussi praticien (avocat, juriste pour une association, etc) il ne peut être que positif qu’un professeur de lettres soit lui-même écrivain.
Pour exemple notamment Benoît Conort, enseignant à l’Université Paris 10 et poète, présent au marché pour la sortie de la revue nu(e) 41.

Se promener dans les allées du marché de la poésie, c’est chercher à glaner de nouveaux espaces, c’est aussi glaner de nouvelles attentes et attendre que nous soient données des surprises, découvertes ou redécouvertes littéraires, c’est aussi prendre rendez-vous.

Quelques actions en ce sens aux alentours des stands, distribution d’une poésie, Le Manuscrit des Anges, par François Brousse, occasion de lire et de discuter autour du texte : l’aimons-nous ? ne l’aimons-nous pas ? Les premiers vers oui, puis un peu moins.

Une lecture de poésie par deux personnes, lisant en alternance, en face de l’estrade, un public qui semble plutôt acquis et réactif, qui rit pour de la poésie, oui, la poésie est souvent amusante. Pourtant, la lecture est inégale, sinon particulière. On se prend alors à souhaiter des lectures à chaque coin d’allée, des lectures, encore des lectures, que le texte soit voix davantage, que soit donnée l’image d’une poésie vivante et accessible, même malgré son caractère parfois sibyllin. car lire la poésie à voix haute, c’est se positionner comme transmetteur-interprète, facilitant l’approche du texte par le son, les intonations. C’est un exercice déjà bien spécifique que d’entendre le son et le rythme des phrases dans une lecture dite silencieuse, donner corps vocal à la poésie, c’est l’offrir.

L’on pourra également regretter que la Pologne, pourtant dite à l’honneur de ce marché, n’ait pas non plus été plus présente : récompense pour les passants du soir ? Seuls des concerts la mettaient en fait à l’honneur. Rien de particulier dans les stands, si ce n’est à l’entrée du marché, le journal publié par l’association Circé "Le Marché des Lettres", proposant quelques articles autour de la poésie contemporaine polonaise.

Au final, une déambulation intéressante mais une manifestation, qui bien qu’à sa 27ème édition demanderait de se voir adjoindre, en plus d’un bus itinérant, davantage d’animations. Rencontrer les poètes autour de séances de signature, oui, rencontrer la poésie de façon plus multiforme, oui encore, mais ce ne peut être maintenant que pour l’avenir.

Poursuivez votre lecture :

- Un poète contemporain : Thierry Cabot, présentation et extraits

- Un poète contemporain : cinq questions à Thierry Cabot

- Qui a peur de l’imparfait du subjonctif ?

- Amers, Saint-John Perse, extrait et éléments de commentaire


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