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Tu illumines la nuit, un film d’Onur Ünlü

vendredi 18 avril 2014, par Iymen B. impression

Mots-clefs :: Cinéma ::

« Tu illumines la nuit  » (Sen Aydinlatirsin Geceyi) est un film turc d’Onur Ünlü relatant l’histoire d’un homme ordinaire vivant dans un petit village anatolien où tout est extra ordinaire. C’est un univers où se trouvent deux soleils et deux lunes, des pouvoirs pour chaque habitant, un géant, où la pluie est constituée de pierres...


Le film donne le ton absurde dès le début : un suicide raté, rien ne semble réussir à Cemal (prononcer Djémel). On le suit dans son quotidien monotone suite à cet insuccès. C’est de là que part le récit. Aussi extraordinaire que celui puisse paraître, ce jeune homme moustachu, qui pourrait avoir quarante ans, n’en a en réalité que 27. Non marié au départ, il vit seul avec son père qu’il aide dans son travail de barbier.

"L’homme a été créé à partir de craintes" : nous sommes ensuite accueillis par cette citation d’Euripide dont la signification nous semble floue au départ…

Un choix assumé sans regret : le noir et blanc

C’est avec surprise que le film débute en noir et blanc. Au départ, le visuel donnait à penser qu’il y avait un problème de maîtrise des effets… donnant une impression d’apprentissage d’usage d’une caméra. Mais qu’on se détrompe, c’est au fil des plans se succédant que nous nous rendons compte que nous apprenons à apprécier cette démarche, ce jeu des effets, tâtonnant et essayant d’en voir le but. Et c’est avec brio qu’Onur Ünlü nous mène du bout du nez. Il nous rappelle que le cinéma peut tout nous permettre, à condition de savoir l’utiliser.

Avec un tel film, nous revenons aux prémisses du cinéma, mais avec une touche de modernité dans les plans parfaitement maîtrisés. C’est une image presque clinique que le réalisateur nous offre, une pureté haute définition qui vient participer à créer cette atmosphère neurasthénique, contribuer à insérer un calme soudainement rompu par des bruits sourds. Chaque instant de silence est succédé par un son très prononcé qui explose aux oreilles des spectateurs. Les ralentis utilisés dans certaines scènes nous tiennent ainsi en apnée dans un scénario qui peut paraître de prime abord insipide. Mais qui ne l’est point.

Les effets spéciaux ne semblent pas le préoccuper, au même titre que les dons surnaturels que possède chaque personnage. Ils ont des superpouvoirs, oui, et alors ? Ce désintérêt volontaire pour des effets extraordinaires participent à ne pas leur donner cette importance qu’ils auraient dans un film fantastique lambda. Ces pouvoirs font partie intégrante du quotidien mais ne rendent pas les personnages surhumains. La force des personnages n’est point abusée et ne les rend pas supérieurs les uns aux autres. Il n’y a pas de pouvoir de dominance, mais un simple don pour faciliter la vie des uns, ou la rendre moins agréable pour les autres. Ce qui rend ce film attractif et singulier.

« Et si on existait pas ? »

Au-delà de cette surface qui parait stérile, ce film recèle des non-dits, une philosophie sur la vie et sur son intensité. Rares sont les films vous rappelant des grandes figures de l’absurde, tel que Samuel Beckett, Albert Camus ou encore Ionesco… Tu illumines la nuit frôle de près ce mouvement. La dérision que ces personnages semblent donner à la vie en accentue la critique. Des dialogues et des questionnements aussi loufoques que vains sur l’existence viennent pimenter cette dimension.

Le réalisateur a ce pouvoir, à travers ses plans, de se jouer de nous, nous offrant un franc moment de rigolade et la seconde d’après, un grand questionnement sur le propre de l’homme et son existence, le chemin qu’il mène. Une interrogation qui reste en suspens… et si on n’existait pas ? Qu’est-ce qui se passerait ?
Les scènes cocasses et drôles sont confrontées au sérieux du sujet abordé. Dès l’instant du suicide, l’absurdité du récit nous amène à rire jaune. Mais rire tout de même.

Cependant, étant en version originale sous-titrée français, la barrière de la langue n’a malheureusement pas permis une compréhension totale des sous-entendus. Deux natives turques m’ont indiquée qu’en effet, parfois la traduction altérait la compréhension et changeait le propos de la scène.

Mais cela importe peu, car la morale donnée par ce film est universelle, la leçon à en tirer peut être comprise par quiconque. Ces dialogues que l’on pourrait qualifier de « ballots » ont en réalité un impact et un sens fort. Alors on s’interroge avec le protagoniste Cemal : « Et si on existait pas ? Qu’est-ce qui se passerait ? » Au-delà des rires qui s’élèvent des personnages autour de lui - cette interrogation leur semblant fastidieuse -, c’est la superficialité accordée à la vie par les Turcs qui est mise en relief. C’est la critique d’une société, la dénonciation d’une stagnation de la pensée, d’une limite de réflexion philosophique.

Une leçon de vie

In fine, nous avons besoin des autres pour vivre, nous avons besoin d’aider les autres pour trouver un sens à notre propre vie... et c’est seulement lorsqu’on perd ces personnes qu’on aurait pu aider qu’on se rend compte de son erreur, de l’apport positif dont elles faisaient preuve dans notre vie. Le réalisateur nous donne ainsi une belle leçon d’existence. Qu’importe les pouvoirs, la magie, deux soleils et deux lunes… ce qui importe vraiment, ce sont les relations que nous entretenons.

Ainsi, la citation d’Euripide prend tout son sens… La crainte de perdre l’être cher, la crainte de vivre, la crainte de mourir, la crainte de ne pas assez vivre, la crainte d’être seul, de rester seul… C’est tout ce à quoi notre protagoniste est confronté du début à la fin. Sans crainte, nous faisons bien des erreurs.

Titre  : Tu illumines la nuit
Titre original : Sen Aydinlatirsin Geceyi
Réalisé par : Onur Ünlü
Avec  : Ali Atay, Demet Evgar, Damla Sönmez, Ahmet Mümtaz Taylan, Ercan Kesal, Ezgi Mola
Pays de production : Turquie
Année de production : 2013
Durée  : 1h47

Bande annonce


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