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The Grand Budapest Hotel : l’onirisme pharamineux de Wes Anderson

vendredi 25 avril 2014, par Laëtitia T. impression

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La touche unique du réalisateur

Wes Anderson, c’est avant tout un style bien distinct. Un onirisme et des images d’une splendeur sans précédent. N’en déplaise aux amis du noir et blanc, ici, les couleurs pétillantes magnifient l’écran. L’esthétique est absolument prodigieuse et sans égal.
Le réalisateur se montre véritablement méticuleux, il est incontestablement le maître du travelling et est doué d’une précision
de cadrage impressionnante comme le montre cette vidéo. Il prend également toujours soin de déployer une bande originale ravissante. Comme pour Fantastic Mr. Fox et Moonrise Kingdom, il a fait appel au compositeur français Alexandre Desplat pour concevoir les morceaux de The Grand Budapest Hotel qui permettent de créer une ambiance singulière.

Si la critique avait blâmé la faiblesse scénaristique de certains de ses films, (il faut avouer que The Darjeeling Limited a un rythme lent), il semblerait que depuis quelques années, le réalisateur atteint un point culminant de sa carrière avec des œuvres aux récits étoffés. Fantastic Mr. Fox reprend un récit rédigé par Roald Dahl et l’action est au rendez-vous. Le prodigieux Moonrise Kingdom de 2012 était aussi sans conteste riche en péripéties.

Ce qui fait la force de ce réalisateur, c’est son habilité à inventer des personnages tout à fait novateurs. Il a une incroyable capacité à raconter des histoires avec une âme quelque peu juvénile, un aspect tendre en filigrane, tout cela en dressant une toile de fond acidulée.

The Grand Budapest Hotel, la magie d’une aventure chimérique

The Grand Budapest Hotel, c’est une aventure évanescente,
dans laquelle, un jeune lobby boy nommé Zéro Moustafa, devient le disciple du concierge de cet auguste palace : M. Gustave H. Le groom en devenir aide son maître à s’évader de prison lorsqu’il est accusé
du meurtre d’une de ses fidèles clientes. Ils doivent tous deux résister aux enfants de la défunte qui luttent pour l’héritage. Ces derniers sont prêts aux pires cruautés pour que rien ne soit légué à M. Gustave H. à
qui était pourtant destiné un tableau d’une valeur inestimable.

Une intrigue à la fois simple et intriquée où se camouflent des péripéties exubérantes pour expliquer comment Zéro est devenu groom et de quelle manière M. Gustave, ce dandy raffiné, en est arrivé à être incarcéré. Les multiples personnages nous sont introduits un à un, comme des micro récits au sein de l’immense histoire. On assiste aussi à des scènes souvent farfelues qui donnent du ressort.

La formule narrative choisie est celle d’un récit enchâssant, ce qui est également porteur de vitalité. Au début, l’histoire se déroule de nos jours, une fille détient Le roman The grand Budapest Hotel et adule la statue de l’écrivain de cet ouvrage.

Puis, nous embarquons en 1985, où l’écrivain de l’œuvre se souvient d’avoir rencontré Zéro, le propriétaire de l’hôtel. Un grand conte nous est alors promis. Nous sommes propulsés en 1968, et l’auteur, plus jeune, interroge ce dirigeant des lieux pour savoir comment il en est devenu le possesseur. De là, Zéro narre ses aventures et on nous projette cette fois dans l’entre-deux-guerres, en 1932, dans la ville de Zubrowka. Se succèdent donc quatre strates habilement représentées.

Les formats d’images changent selon l’époque, il y en a trois différents : on démarre en 1.85:1, puis on bascule en format large anamorphosé (cinémascope) dès que l’on intègre les sixties.
Enfin, le format 1,37:1 (4/3) est adopté pour les années 1930.

Cette narration en gigogne, Wes Anderson la réalise en hommage à Stefan Zweig dont il dit, au moment du générique de fin, s’être inspiré. Ce n’est alors pas un hasard si l’intrigue se déroule en Europe. Le cadre est planté durant la guerre, pendant la montée du nazisme. Les personnages se trouvent alors victimes des abus de pouvoirs et peinent à s’extirper des situations délicates.
La tension est souvent sous-jacente dans ce décor au premier
abord attrayant. Très vite, la neige et les soldats viennent
apporter une touche plus froide. L’alliance des contraires, de l’hôtel aux teintes vives, à la prison et aux personnages incarnant la noirceur, rend le tissu narratif absorbant. Nous sommes confrontés à un monde manichéen où nous avons tendance à soutenir les héros de l’hôtel.
Bien que Monsieur Gustave soit quelque peu excentrique, à la fois soupirant licencieux de ses clientes et
organisateur d’un plan d’évasion, son extravagance et son obséquiosité le rendent attachant.

Dans cette fresque délurée se profile un humour décapant. Les protagonistes sont à la fois symboles de rigueur et d’intégrité mais ils n’en oublient pas de glisser des plaisanteries insolites. On retrouve l’humour décalé propre au réalisateur.

Si ces antagonismes qui nous font naviguer entre candeur et noirceur fonctionnent autant, il faut dire que la palette de grands acteurs y est pour beaucoup. Les comédiens fétiches du réalisateur apparaissent : Bill Murray, Adrien Brody, Edward Norton, Owen Wilson... Ralph Fiennes en concierge du palace est purement brillant, tandis que le groom est incarné par Tony Revolori de manière très expressive. Il parvient à nous donner envie de le cajoler. Adrien Brody excelle dans le rôle du méchant qu’il n’est pas habitué à revêtir. Et l’on a plaisir à voir débarquer un Jude Law en écrivain élégant. Les hommes fourmillent, il n’y a que de petites touches féminines. Ils incarnent le chic quelque peu pimpant avec leur costume et leur nœud papillon. Pour signifier qu’il s’agit d’une époque d’antan, la moustache se veut en vogue, à tel point que le groom s’en dessine une au crayon. Une action cocasse qui souligne toute l’ingénuité du jeune qui désire être pris au sérieux.

La relation entre le lobby boy et le maître d’hôtel est celle d’un garçon loyal face à son protecteur, dévoué pour le sauver des malfaiteurs. Gustave le lui rend bien en lui assurant sa survie quand il est en proie à l’armée qui veut l’expulser. L’innocence de Zéro et l’éthique incroyable de M. Gustave les rendent d’emblée appréciables.

Au final, on obtient un univers à la frontière du réel et de l’imaginaire. On nous met en scène des objets qui deviennent typiques : Monsieur Gustave se parfume à l’Air de Panache, tandis que les gâteaux Mendl’s, qui mettent l’eau à la bouche, s’imposent comme emblématiques. Ces éléments attisent notre convoitise et éveillent aisément nos sens.
On innove alors en concevant des produits qui dépasseront le
simple cadre de la fiction. Le parfum air de Panache n’estpas en vente mais peut être appréhendé dans le magasin Nose de Paris. Ainsi, les personnes conquises par le film peuvent y découvrir la senteur.
Cela révèle tout l’art de créer un univers.

Ce nouveau film est donc le prototype même du style d’Anderson.
Les mêmes soucis du détail et une sphère alternative envoûtante.
Pour certains l’histoire peut paraître sordide et sans envergure, mais cette thématique de l’enfance offre un souffle candide. Le jeune petit protégé, est un lobby boy si sincère que l’on a envie de découvrir son parcours dans son ensemble.

The Grand Budapest Hotel est une fantaisie apte à évader. On n’y cerne pas de véritable message outre l’intention de vanter la dévotion et l’honnêteté qui finissent par payer. La délicatesse prônée par Monsieur Gustave semble néanmoins être montrée comme vaine, du fait que l’on apprenne que l’hôtel n’existe plus, après tous les efforts de son fondateur pour le préserver. Malgré cela, l’art sert à relayer le périple de M. Gustave et à laisser une trace de son œuvre dans un livre.

Avec ce récit aux multiples strates, on a la sensation d’être dans
une galaxie différente, regorgeant de surprises. Les diverses voix off nous annoncent que l’on va nous narrer l’histoire de cet hôtel rose qui nous intrigue et l’on passe par des péripéties pour y parvenir. Comme si le propre d’une histoire résidait justement dans maintes petites aventures, dans lesquelles surgissent d’autres épisodes et ainsi de suite...

On s’évade dans un espace très coloré. En sortant de la séance, on aurait envie de voir le monde avec autant de teneurs que sur l’écran.. Une prouesse remarquable de la part d’un des réalisateurs les plus consciencieux de notre ère.

Un sacré coup de cœur qui séduira les amateurs d’univers enchanteurs.

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