Accueil > Art et culture > Qui a peur de l’imparfait du subjonctif (...)

Qui a peur de l’imparfait du subjonctif ?

vendredi 5 décembre 2008, par Christophe impression

Mots-clefs ::


Vous semblez désarçonnés, désorientés, lorsque vous entendez un imparfait du subjonctif sortir de quelque docte bouche. C’est comme si, soudain, le français, pour vous, n’était plus le français, mais une sorte de langue étrangère. Vous découvrez des sons nouveaux et l’on voit se dessiner sur vos visages des grimaces de dégoût, comme si l’on vous faisait goûter à quelque fruit amer.

C’est un mode que vous jugez bizarre, compliqué et dissonant. En général, vous en ignorez complètement l’usage. Vous savez qu’il existe ; mais vous le jugez superfétatoire. Vous l’ignorez superbement.

Allons ! L’imparfait du subjonctif est l’une des beautés cachées de notre langue.

Apprivoisons-le.

Il peut vous réserver de grandes joies. L’imparfait du subjonctif est un hurluberlu, un extravagant, un excentrique de la langue française. Laissez-le sortir ! Laissez-le traverser notre platitude et dérider nos banalités.

Mais sans doute avez-vous peur de ce que vous ne connaissez pas.

Vous avez tort.

Faites un effort... C’est facile.

Quand employer le subjonctif ?

Petit rappel :

1)Derrière un certain nombre de locutions conjonctives : avant que, jusqu’à ce que, bien que, quoique, encore que, à la condition que , pourvu que, pour peu que, à supposer que, pour que, afin que, de manière que, de façon que, etc.

2) Derrière un verbe d’opinion à la forme négative : Je ne pense pas que tu aies raison ; derrière un verbe de sentiment : J’apprécie que tu sois d’accord ; derrière un verbe de volonté : Je veux qu’il le fasse ; derrière le verbe douter : Je doute qu’il le fasse ; derrière le verbe attendre : J’attends qu’il revienne, etc.

La liste est loin d’être close...

L’art de construire l’imparfait du subjonctif

1) L’imparfait du subjonctif se construit sur le passé simple. Naturellement, pour employer l’imparfait du subjonctif, il est nécessaire de connaître le passé simple.

2) Puis vous choisissez la 2eme personne du singulier du verbe conjugué au passé simple

Chantas

courus

peignis

3) vous lui ajoutez le suffixe SE :

Chantas-SE = chantasse

courus-SE = courusse

peignis-SE = peignisse

et vous obtenez la 1ere personne du singulier du verbe conjugué à l’imparfait du subjonctif : je chantASSE

4) Il vous reste à le conjuguer à toutes les personnes. Enfantin ! N’oubliez pas qu’à la 2eme personne, il faut un S !

Je chantasse je courusse je peignisse

tu chantasseS tu courusseS tu peignisseS

5) A la 3eme personne, attention, les SS disparaissent. A l’oral, l’imparfait du subjonctif et le passé simple de l’indicatif se confondent, mais à l’oral seulement, car à l’écrit la graphie les sépare.

il chantÂT il courÛT il peignÎT : imparfait du subjonctif

il chantA il courUT il peignIT : passé simple de l’indicatif

Vous remarquez que l’ ^ fait toute la différence. ALORS, SURTOUT, NE L’OUBLIEZ PAS, lorsque vous graphiez le subjonctif imparfait. Pas d’ ^ pour le passé simple, mais un simple point sur le i !

6) La conjugaison devient délicieuse aux personnes du pluriel. Ecoutez ce que la langue française produit d’extravagant :

nous chantassions nous courussions nous peignissions

vous chantassiez vous courussiez vous peignissiez

ils chantassent ils courussent ils peignissent

"Et alors ?"

Vous me direz : c’est affreux à entendre.

Au moins, c’est français !

Vous me direz : ça ne sert à rien.

Je vous répondrai : la plupart des choses qui sont belles et qui font rêver ne servent à rien. Lisez, à cet égard, la préface de Mademoiselle de Maupin, de Théophile Gautier... "Rien de ce qui est beau n’est indispensable à la vie. (...) Je renoncerais plutôt aux pommes de terre qu’aux roses. (...) A quoi sert la beauté des femmes ? (...) A quoi bon la musique ? à quoi bon la peinture ? (...) Tout ce qui est utile est laid (...) L’endroit le plus utile d’une maison, ce sont les latrines., etc."

Vous me direz : c’est dépassé.

Je vous répondrai : et alors, vous n’êtes pas obligés de suivre la mode !

Vous me direz : ça fait prétentieux.

Je vous répondrai : employez-le au moment opportun.

Vous me direz : ça fait ridicule.

Je vous répondrai : le ridicule ne tue pas.

Vous direz : j’ai peur de me tromper, en l’employant.

Je vous répondrai : apprenez vos conjugaisons !

Vous me direz : on n’a pas besoin de savoir ça pour avoir le bac.

Je vous répondrai : pensez aussi à être heureux, à être différent, à être drôle, à être original. Souvenez-vous : "L’important n’est pas de sortir de polytechnique, mais de sortir de l’ordinaire." Charles de Gaulle

Enfin, je vous répondrai que connaître et aimer sa langue n’a jamais nui à personne.

Et je vous propose même la lecture de ce poème loufoque, dont tout le comique tient à l’emploi de l’imparfait du subjonctif :

Ah ! fallait-il que je vous visse,

Fallait-il que vous me plussiez

Qu’ingénument je vous le disse

Qu’avec orgueil vous vous tussiez.

Fallait-il que je vous aimasse,

Que vous me désespérassiez,

Et que je vous idolâtrasse

Pour que vous m’assassinassiez !

H. Gautier-Villars, Déclaration d’un grammairien à sa mie.

Poursuivez votre lecture :

- Que veut dire "(re)lire ses classiques" ?

- La notion d’isotopie sémantique - la notion de champ lexical

- Baudelaire - A une passante - Commentaire

- Léopold Sédar Senghor


© Tous les textes et documents disponibles sur ce site, sont, sauf mention contraire, protégés par une licence Creative Common (diffusion et reproduction libres avec l'obligation de citer l'auteur original et l'interdiction de toute modification et de toute utilisation commerciale sans autorisation préalable).

+ Répondre à cet article (8 commentaires)
  • Qui a peur de l’imparfait du subjonctif ?

    25 décembre 2008 20:35, par Emanuelle

    Quel bel usage se perdant.

    Très bel article, continuez :)

    repondre message

  • Qui a peur de l’imparfait du subjonctif ?

    8 janvier 2009 22:19, par luptidej

    Je n’ai pas raté une ligne, bravo, bel article très instructif et il n’est pas question que je n’employasse plus l’imparfait du subjonctif ^_^

    forum visiter mon site : Attention à la Terre

    repondre message

    • Qui a peur de l’imparfait du subjonctif ? 27 juillet 2011 07:59, par fab05

      n’est-pas faux, la principale est au présent ?

      Il aurait fallu que vous écrivissiez plutôt :

      il n’est plus question que je ne l’emploie plus ou il serait hors de question que je ne l’employasse plus.

      non ?

      repondre message

  • Qui a peur de l’imparfait du subjonctif ?

    10 mars 2009 17:06, par cham

    Juste une remarque : le poème cité en bas de page n’est-il pas d’Alphonse Allais ?!

    Amicalement.

    repondre message

  • Qui a peur de l’imparfait du subjonctif ?

    8 avril 2009 22:24, par andrea

    c’est tres bien explique bienque je connais quelques bribes sur son emploi..peut etre c’est venu un peu a force de lire
    bien a vous
    merci beaucoup pour ces rappels importants

    forum visiter mon site : http://liledemaya.hautetfort.com/

    repondre message

  • Qui a peur de l’imparfait du subjonctif ?

    4 août 2009 16:39, par michel

    Le poème "loufoque" est un grand classique dont les origines sont présentées par Alain Boussières, créateur du CORUPSIS, dans son ouvrage "Le bar du subjonctif". On peut télécharger ce livre en toute légalité et gratuitement sur le site ebooksgratuits.
    On peut lire l’intégralité du poèmes et différentes versions pages 35, 36, 37 38 et 39.

    forum visiter mon site : Anagnoste :un lecteur parmi tant d’autres

    repondre message

  • Qui a peur de l’imparfait du subjonctif ?

    10 novembre 2010 08:34, par Tessier

    Bonjour,

    Je suis correctrice. Dans les livres que je suis amenée à corriger, je dois en théorie remplacer des verbes au présent du subjonctif par des verbes à l’imparfait du subjonctif quand il y a lieu de le faire. Personnellement, cela ne me gêne pas du tout, bien au contraire, et cela d’autant plus que je parle quasi quotidiennement en italien et en espagnol, langues où l’imparfait du subjonctif est couramment employé.

    En ce moment, je corrige une série de romans "sentimentaux", dits "de gare" ou "à l’eau de rose". Certes il ne s’agit pas de grande littérature, ce n’est tout de même pas une raison pour faire n’importe quoi... Ce travail requiert de la rigueur et on ne peut pas être rigoureux une fois sur deux... C’est tout ou rien !

    Mon dilemme quant à l’emploi du subjonctif imparfait c’est que l’éditeur et les auteurs ne sont pas d’accord avec moi... enfin, pas partout, ils en acceptent certains mais pas d’autres, et c’est bien là que le bât blesse...

    Si j’ai quatre subjonctifs imparfaits à mettre dans la même subordonnée, comme cela m’est arrivé hier, je sais très bien que l’éditeur va bondir hors de son fauteuil et me prendre pour une folle, ou tout au plus pour une "ringarde" et va peut-être, un jour ou l’autre, trouver un correcteur moins attaché à la concordance des temps ou qui saura "fermer les yeux".

    Alors que faire ? Composer ou imposer ?

    Lorsque je reçois un roman à relire, tous les subjonctifs sont au présent et il y a des endroits où cela est vraiment intolérable.

    Voici quelques exemples de propositions où je suis bien obligée de mettre des imparfaits :
    ...sans qu’aucun signe avant-coureur ne le laisse laissât présager, le moteur s’arrêta.
    ...l’idée que son recrutement ne soit fût dû qu’à une tricherie et non pas à ses capacités la gênait...
    Allait-il la libérer ? Avant que xxxxx ait eût (voire "qu’elle eût eu") le temps de croire en cet espoir, il l’entraîna dans sa chute.
    Elle ne voulait pas qu’il souffre souffrît à cause d’elle.

    et ainsi de suite.
    Je ne retrouve hélas pas la phrase où il y a quatre imparfaits en "ât" ou "ît" à mettre à la place de présents, à la queue leu leu.
    Justement, si je ne la retrouve pas c’est bien que, après une longue hésitation, je n’ai pas osé faire la correction... sachant pertinemment qu’elle sera refusée par l’éditeur...

    Le paradoxe c’est que, une fois la correction terminée, je me (et le lecteur se) retrouve avec un livre qui contient un curieux mélange, totalement illogique, de présents et d’imparfaits du subjonctif, et ce manque d’uniformité n’est pas, selon moi, du plus bel effet !

    Je voudrais bien savoir ce que font mes confrères en pareil cas... Merci !

    Bonne journée !

    repondre message

carre_trans Avec les mêmes mots-clefs
puce Nouveau salon littéraire, 12 mai, Paris : L’écrit en relief, revisiter l’écrit grâce au pop-up
puce Féérie de guimauve
puce Mme Bovary c’est peut-être toi c’est pas moi
puce Parcours entre les éléments - l’expo L’Eau et le Feu à l’Eglise des Jacobins, Agen
puce Le passager de Paris - Galerie Vivienne
puce Le passager de Paris - Passage Verdeau
puce Le passager de Paris - Passage Jouffroy
carre_trans
Equipe Eclairement L'association
La lettre S'abonner
Facebook Twitter
Anime   Cours   Manga   Education   arts visuels   Musique   BD   Cinéma   Métier   Photographie   Windows 7   Techniques   Bases de données   Windows   Recherche d’information bibliographique   Histoire   Peinture   Tutoriels pour débutant   Windows Mobile   Windows Vista   Europe   Culture générale   Edito   Poésie   Société   Vie privée   Spectacle   Pages Ouvertes   Droit   Séries TV   HTML   Tutoriels   Linux   sport   Littérature   Fable   Android   Microsoft Office   Théâtre   Urbanisme   Installation   Roman   Firefox  
Eclairement © 1998 - 2012
Mentions légales - Contact - Partenaires