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Question roman

vendredi 8 mai 2020, par Corinne Godmer impression

Mots-clefs :: #ALaMaison ::

Pendant cette période de confinement, en particulier pour les élèves de lycée, nous avons décidé de publier à un rythme plus soutenu plusieurs études de textes.


Question roman action/dialogue
Sujet emprunté sur https://www.yumpu.com/fr/document/read/16969374/texte-1-bmlettresnet
Bac blanc premier trimestre Séries ES/L/S
Le personnage de roman du XVIIème siècle à nos jours

Comment, dans ces quatre textes, les actions et les dialogues permettent-ils de faire comprendre les personnages au lecteur ?

Texte 1 : Guy de Maupassant, Mont-Oriol, 1887.
Christiane, jeune femme nouvellement mariée, se rend en cure à la station thermale d’Enval, en Auvergne, pour y soigner sa stérilité. Elle prend son premier bain.

Et elle se déshabilla lentement, en regardant le presque invisible mouvement de cette onde remuée dans ce bassin clair. Lorsqu’elle fut nue, elle trempa son pied dedans et une bonne sensation chaude monta jusqu’à sa gorge : puis elle enfonça dans l’eau tiède une jambe d’abord, l’autre ensuite, et s’assit dans cette chaleur, dans cette douceur, dans ce bain transparent, dans cette source qui coulait sur elle, autour d’elle, couvrant son corps de petites bulles de gaz, tout le long des jambes, tout le long des bras, et sur les seins aussi. Elle regardait avec surprise ces innombrables et si fines gouttes d’air qui l’habillaient des pieds à la tête d’une cuirasse entière de perles menues. Et ces perles, si petites, s’envolaient sans cesse de sa chair blanche, et venaient s’évaporer à la surface du bain, chassées par d’autres qui naissaient sur elle. Elles naissaient sur sa peau comme des fruits légers, insaisissables et charmants, les fruits de ce corps mignon, rose et frais, qui faisait pousser dans l’eau des perles.
Et Christiane se sentait si bien là-dedans, si doucement, si mollement, si délicieusement caressée, étreinte par l’onde agitée, l’onde vivante, l’onde animée de la source qui jaillissait au fond du bassin, sous ses jambes, et s’enfuyait par le petit trou dans le rebord de sa baignoire, qu’elle aurait voulu rester là toujours, sans remuer, presque sans songer. La sensation d’un bonheur calme, fait de repos et de bien-être, de tranquille pensée, de santé, de joie discrète et de gaîté silencieuse, entrait en elle avec la chaleur exquise de ce bain. Et son esprit rêvait, vaguement bercé par le glouglou du trop-plein qui s’écoulait, il rêvait à ce qu’elle ferait tantôt, à ce qu’elle ferait demain, à des promenades, à son père, à son mari, à son frère et à ce grand garçon qui la gênait un peu depuis l’aventure du chien. Elle n’aimait pas les gens violents.
Aucun désir n’agitait son âme, calme comme son cœur dans cette eau tiède, aucun désir, sauf cette confuse espérance d’un enfant, aucun désir d’une vie autre, d’émotion ou de passion. Elle se sentait bien, heureuse et contente.

Texte 2 : Colette, Le blé en herbe, 1923.
Vinca et Philippe, amis d’enfance, passent comme chaque été leurs vacances en Bretagne, et sont en train de passer de l’amitié à un sentiment amoureux.

Ils nageaient côte à côte, lui plus blanc de peau, la tête noire et ronde sous ses cheveux mouillés, elle brûlée comme une blonde, coiffée d’un foulard bleu. Le bain quotidien, joie silencieuse et complète, rendait à leur âge difficile la paix et l’enfance, toutes deux en péril. Vinca se coucha sur le flot, souffla de l’eau en l’air comme un petit phoque. Le foulard tordu découvrait ses oreilles roses et délicates, que les cheveux abritaient pendant le jour, et des clairières de peau blanche aux tempes qui ne voyaient la lumière qu’à l’heure du bain. Elle sourit à Philippe, et sous le soleil de onze heures le bleu délicieux de ses prunelles verdit un peu au reflet de la mer. Son ami plongea brusquement, saisit un pied de Vinca et la tira sous la vague. Ils « burent » ensemble, reparurent crachant, soufflant, et riant comme s’ils oubliaient, elle ses quinze ans tourmentés d’amour pour son compagnon d’enfance, lui ses seize ans dominateurs, son dédain de joli garçon et son exigence de propriétaire précoce.
–Jusqu’au rocher ! cria-t-il en fendant l’eau.
Mais Vinca ne le suivit pas, et gagna le sable proche.
–Tu t’en vas déjà ?
Elle arracha son bonnet comme si elle se scalpait, et secoua ses raides cheveux blonds.
–Un monsieur qui vient déjeuner ! Papa a dit qu’on s’habille !
Elle courait, toute mouillée, grande et garçonnière, mais fine, avec de longs muscles discrets.

Texte 3 : Louis Aragon, Aurélien, 1944.
Aurélien, bourgeois désœuvré, la trentaine, cherche à oublier Bérénice qu’il vient de rencontrer et dont il est tombé amoureux. Dans le chapitre XXI, il se rend à la piscine et fait la connaissance de Riquet.

Ils ont eu tout de suite cette camaraderie que donne le même effort partagé, la compétition. Ils s’asseyent un moment sur le bord du balcon, les jambes pendantes. Riquet commence à se raconter. Il est du Havre. Il travaillait déjà à douze ans. Au port. C’est comme ça qu’il a commencé à nager. Il adore ça. A Paris, alors, c’est pas commode. Avec ça qu’on est claqué en sortant de l’usine. Tout de même… Il a pris part à des compétitions… « Oh, je ne suis pas un champion, les champes, il faut qu’on les ait poussés… mais tout le monde n’a pas besoin d’être un champion, pas vrai ? Dans les coupes, il y en a des tas, des mectons qui font la foule... Il en faut, pas ? Ça, c’est mon genre… Je sais bien que j’arriverai derrière, avec le gros… Mais ça fait rien, on se débrouille… et puis si on n’était pas là… eh bien, les champes, ils se laisseraient aller, pas vrai ? » Quand il rigole, il fronce le nez, ce nez trop court, et les joues deviennent dures comme des balles.
« Ah,-dit-il - au printemps il y a la Seine... Port-à-l’Anglais… Tu n’es jamais allé à Port-à-l’Anglais… C’est avant Paris, ça fait qu’on se dit que c’est plus propre… Tu prends le train… »
Finalement, Riquet que ça travaille a décidé son nouveau copain à faire un cent mètres. « La piscine a douze mètres… alors, sept fois… huit fois…ça fait quatre-vingt-seize, pas d’erreur... autant dire cent… quatre fois aller et retour. Tu y es ? ».
Malgré son style, Aurélien s’est fait battre. Riquet est tout heureux. « C’est pas tout ça… ma femme m’attend… » Ce gosse a une femme. « On est pas marida… tu piges… mais c’est ma femme… Allez, rhabille-toi, je t’offre un verre en face… A la Chope du Clair de Lune… »
Dans sa cabine, Aurélien fait son nœud de cravate. Il sait bien que tout est du faux-semblant. Sa vie. La piscine. Riquet. La guerre. La Chope du Clair de Lune… le drôle de nom… Tout ça, ce sont des raisons qu’on se donne, des contretemps qu’on s’invente. Plus il se détournera de Bérénice et plus elle reviendra, vivante, triomphante…
Quand Riquet a vu son nouvel ami habillé, lui qui avait son vieux pantalon rayé, tout esquinté, et une veste bleue, et la casquette, il a fait entendre un sifflement. Désappointé. « Moi qui t’offrais… qui vous offrais à boire ! » Il n’en revient pas de la gaffe. Il lui dira vous maintenant, on ne l’en fera pas démordre. Il y a quelque chose de cassé. Enfin, parce qu’il ne sait plus comment s’en sortir, il se laisse quand même traîner à la Chope du Clair de Lune, qui s’appelle plus précisément Brasserie de la Chope du Clair de Lune. Un café pâle comme son nom. Presque désert. C’est haut, ça fait vide. Au comptoir, un byrrh à l’eau… Riquet louche sur les fringues de son compagnon : « Alors on est capitaliste ?... » Dit comme ça, ça a l’air moins grave. Oui. Pas vraiment ? Si vraiment… « Et à quoi vous travaillez ? » Voilà le difficile à expliquer. S’il lui dit qu’il ne fait rien… Ça le dégoûte de mentir : « Je vis de mes rentes… » Ça a eu un effet absolument inattendu. Un effet de comique nerveux qui ne s’arrête plus. Il en pleurerait de rire, Riquet. Rentier ! Monsieur est rentier ! Puis il se rappelle que ce rentier lui paye un verre. Il s’excuse, il devient la politesse même, il boit son verre d’un air appréciatif, pour faire honneur. Il reparle de la nage. De cette nage turque… non : grecque, que Monsieur m’a montrée… « Ah bien, Riquet, si tu m’appelles Monsieur parce qu’on s’est fringué… Tu ne me tutoies déjà plus… » Fringué est clairement un mot dit pour se mettre à la portée de Riquet. Celui-ci le sent. Il dit que ce n’est pas parce qu’on s’est rhabillé, et il souligne de la voix le rhabillé, qu’il dit monsieur à Roger… et le nom de Roger tombe comme un raffinement d’amabilité, tandis qu’Aurélien en rougit un peu…mais s’il lui dit monsieur à Roger, c’est parce que Roger est un monsieur, voilà tout : on n’y peut rien, on est un monsieur ou on n’est pas un monsieur… Tout de même, intéressé, il retrouve le tutoiement pour lui dire : « Mais alors, explique un peu… Explique un peu, tu ne fais rien, rien du tout de toute la journée ?... Vrai ?... A quoi alors tu passes ton temps ? Moi je ne pourrais pas. J’ai été chômeur… Il faut de la santé pour être chômeur toute la vie… »
Quand Aurélien reprend sa bagnole, après avoir serré la main de Riquet, il se sent tout à fait mal à l’aise, malgré le plaisir du bain, le plaisir qui suit le bain et la nage.

Roger : prénom d’emprunt sous lequel Aurélien s’est présenté à Riquet.

Texte 4 : Albert Camus, La peste, 1947.
En pleine épidémie de peste à Oran, le docteur Rieux et Tarrou décident de se rendre sur la jetée pour oublier un instant les difficultés auxquelles ils sont confrontés en soignant chaque jour les habitants malades.

Elle sifflait doucement au pied des grand blocs de la jetée et, comme ils les gravissaient, elle leur apparut, épaisse comme du velours, souple et lisse comme une bête. Ils s’installèrent sur les rochers tournés vers le large. Les eaux se gonflaient et redescendaient lentement. Cette respiration calme de la mer faisait naître et disparaître des reflets huileux à la surface des eaux. Devant eux, la nuit était sans limites. Rieux, qui sentait sous ses doigts le visage grêlé des rochers, était plein d’un étrange bonheur. Tourné vers Tarrou, il devina, sur le visage calme et grave de son ami, ce même bonheur qui n’oubliait rien, pas même l’assassinat.
Ils se déshabillèrent. Rieux plongea le premier. Froides d’abord, les eaux lui parurent tièdes quand il remonta. Au bout de quelques brasses, il savait que la mer, ce soir-là, était tiède, de la tiédeur des mers d’automne qui reprennent à la terre la chaleur emmagasinée pendant de longs mois. Il nageait régulièrement. Le battement de ses pieds laissait derrière lui un bouillonnement d’écume, l’eau fuyait le long de ses bras pour se coller à ses jambes. Un lourd clapotement lui apprit que Tarrou avait plongé. Rieux se mit sur le dos et se tint immobile, face au ciel renversé, plein de lune et d’étoiles. Il respira longuement. Puis il perçut de plus en plus distinctement un bruit d’eau battue, étrangement clair dans le silence et la solitude de la nuit. Tarrou se rapprochait, on entendit bientôt sa respiration. Rieux se retourna, se mit au niveau de son ami, et nagea dans le même rythme. Tarrou avançait avec plus de puissance que lui et il dut précipiter son allure. Pendant quelques minutes, ils avancèrent avec la même cadence et la même vigueur, solitaires, loin du monde, libérés enfin de la ville et de la peste. Rieux s’arrêta le premier et ils revinrent lentement, sauf à un moment où ils entrèrent dans un courant glacé. Sans rien dire, ils précipitèrent tous deux leur mouvement, fouettés par cette surprise de la mer.
Habillés de nouveau, ils repartirent sans avoir prononcé un mot. Mais ils avaient le même cœur et le souvenir de cette nuit leur était doux. Quand ils aperçurent de loin la sentinelle de la peste, Rieux savait que Tarrou se disait, comme lui, que la maladie venait de les oublier, que cela était bien, et qu’il fallait maintenant recommencer.

Comment, dans ces quatre textes, les actions et les dialogues permettent-ils de faire comprendre les personnages au lecteur ?
Quatre textes nous sont proposés autour du thème de l’eau et de la rencontre. Le Mont-Oriol de Maupassant comme Le blé en herbe de Colette nous livrent les sensations liées au plaisir de l’eau dans l’abandon au trouble amoureux. La peste de Camus, si elle revient aussi sur ce moment de baignade, comporte une connotation différente puisque qu’il s’inscrit dans un contexte troublé, parenthèse dans la mort, la maladie. Aurélien d’Aragon, enfin, s’attarde aussi sur le plaisir de nager mais sa partie dialoguée enchevêtre un autre réseau de significations. La nage, si elle se comprend comme échappatoire au monde, apporte un moment de plaisir qui, en se terminant, renforce le sentiment d’isolement.

Thème de l’autre et de la rencontre donc, rencontre de soi, de l’autre, de l’élément marin comme partie de soi, ils occupent tous une place privilégiée quant à la connaissance de soi, et de l’autre. Pour autant, les actions et les dialogues, dominantes de l’art romanesque, sont-ils à même de poser la compréhension du personnage et comment ?

Action et dialogue n’occupent de fait pas la même place dans les œuvres proposées. Si l’action se retrouve dans presque tous les textes, associée à la nage ou au contact de l’eau, les dialogues ne sont eux pas toujours présents. Deux des extraits proposés, le Mont-Oriol et La peste, privilégient la description de l’eau, les émotions ressenties et rapportées par le narrateur. Ils ne comportent pas de dialogue. Avec Le Blé en herbe, le dialogue en fin d’extrait apparaît lui comme une cassure volontaire de la narration, une sorte de retour à la réalité. Aurélien à l’inverse, s’appuie entièrement sur le dialogue même si nous retrouvons également cette même propension à décrire les sentiments du personnage et donc à comprendre ce personnage.

L’action apparaît souvent comme celle de s’abandonner au plaisir de l’eau pour échapper au déplaisir du monde. Maupassant, ainsi, insiste sur le contact sensuel de l’eau (« une bonne sensation chaude » ; « s’assit dans cette chaleur (…) tout le long des bras, et sur les seins aussi ») et rapproche ces sensations des pensées du personnage (« qu’elle aurait voulu rester là toujours, sans remuer, presque sans songer » ; « La sensation d’un bonheur calme (…) entrait en elle avec la chaleur exquise de ce bain » ). Les pensées du personnage nous sont par ailleurs données (« Et son esprit rêvait, vaguement bercé par le glouglou du trop-plein qui s’écoulait » ; « Aucun désir n’agitait son âme (…) aucun désir d’une vie autre, d’émotion ou de passion » ; « « avec surprise ») mais permettent d’esquisser, de ressentir, un moment de bonheur tranquille, d’apaisement même si le trouble amoureux est perceptible. La sensation décrite « se sentait si bien » avec reprise « Elle se sentait si bien » naît autant de l’apaisement par l’eau (c’est le contact de l’eau, le fait d’être attentive à ses sensations qui lui apporte une certaine sérénité) que du sentiment d’être protégée du monde extérieur. Mais ce que le lecteur apprend d’elle vient de l’environnement comme de ses sensations dans cet environnement rapportées par le narrateur. Pas de dialogue donc mais une focalisation omnisciente qui nous donne accès aux pensées du personnage. Dans l’extrait du Blé en herbe, même attention au plaisir de l’eau, où l’action devient jeu dans l’eau : « « Son ami plongea brusquement, saisit un pied de Vinca et la tira sous la vague. » tandis que le sentiment d’être protégé du monde se ressent à nouveau : « Le bain quotidien, joie silencieuse et complète, rendait à leur âge difficile la paix et l’enfance, toutes deux en péril » ; « Ils « burent » ensemble (…) son dédain de joli garçon et son exigence de propriétaire précoce ». Le jeu ici, serait autant celui de l’eau que des sentiments, jeu dangereux par anticipation au vu du lexique employé (« exigence », « propriétaire », « dominateurs »). Le dialogue, lorsqu’il apparaît, signe une rupture du moment de plaisir mais annonce aussi une nouvelle action à venir, « Jusqu’au rocher ! cria-t-il en fendant l’eau ». Il est à la fois jeu dont les consignes sont données, et cassure du silence, voire cassure de l’eau par le mouvement des bras dans son sillage (« en fendant l’eau »).
Avec Aragon et son Aurélien, nous retrouvons le même type d’action liée à la nage, au défi sportif « Finalement, Riquet que ça travaille a décidé son nouveau copain à faire un cent mètres ». Le travail à l’usine de l’un des personnages est évoqué, action n’appartenant pas au récit en lui-même mais qui l’entoure et apporte donc une composante extérieure à la suite.

La peste de Camus nous livre cependant un moment tout différent de l’action, enchevêtrée dans un rapport de force avec l’élément marin. C’est en effet l’action de la mer qui est d’abord évoquée, en alternance avec les actions des personnages « Elle sifflait doucement au pied des grand blocs de la jetée (…) Ils s’installèrent sur les rochers tournés vers le large. Les eaux se gonflaient et redescendaient lentement. » (L 1 à 3). L’extrait semble ainsi conduire un récit où les actions de l’un, des personnages, dépendent étroitement des actions de l’autre, la mer. Ce moment de nage, s’il est décrit comme un plaisir, une parenthèse d’avec le monde, reste corrélée à ce monde, moment de mort et de souffrance, notamment dans sa fin « Quand ils aperçurent de loin la sentinelle de la peste, Rieux savait que Tarrou se disait, comme lui, que la maladie venait de les oublier, que cela était bien, et qu’il fallait maintenant recommencer ». Si les pensées des personnages nous sont données, elles retournent au moment d’avant, elles préfigurent le moment à venir également. Elles sont l’action dans le moment présent en référence au passé et au futur. Elles nous apprennent donc ce que ressentent les deux personnages mais, aussi, ce que le roman distille comme atmosphère.

L’action peut pourtant être parfois apaisée, ramenée à un jeu : « Rieux plongea le premier » ; « Le battement de ses pieds laissait derrière lui un bouillonnement d’écume » ; « Rieux se mit sur le dos et se tint immobile, face au ciel renversé, plein de lune et d’étoiles ». Il s’agirait donc bien ici d’une volonté d’accentuer la proximité de la vie et de la mort.

Quant aux dialogues, ils sont, nous l’avons dit, largement absents et seul Aurélien d’Aragon prend presque entièrement appui sur lui. Or ce dialogue est ce qui permet, par les mots échangés, le vocabulaire (« bagnole »), de saisir la différence des classes sociales puis la gêne du personnage Aurélien, ce qu’il ressent. Au-delà de la description ou des actions, le dialogue est ici le moyen de prendre réellement conscience des pensées du personnage. Nous pourrions même dire que l’action réside dans le dialogue, dans cette perception du statut social de l’autre et dans ses conséquences, comme l’indique par exemple le cours de vocabulaire infligé à Aurélien. Le plaisir de la nage reste un moment d’action mais il est ainsi surpassé par le dialogue comme mode d’action.

Dialogue, action permettent de donner un cadre à l’évolution des personnages. L’action donne une visualisation possible de la scène et le lecteur d’imaginer les personnages dans leurs déplacements, leurs mouvements. Le dialogue, lui, autorise le lecteur à s’identifier aux personnages. Mais la compréhension des personnages réside plutôt dans la retranscription de leurs sentiments par les différents narrateurs ou bien dans ce que le lecteur en déduit de sa lecture. Il s’agit d’une interprétation non de l’action en elle-même, non des données apportées par les dialogues, mais d’un ensemble comprenant ainsi la volonté du narrateur de se placer en position omnisciente.


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