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Nation - nationalisme

samedi 12 janvier 2002, par Lucien impression

Mots-clefs :: Culture générale :: Société ::



I Nation : l’idée de nation

On s’accorde pour définir la nation comme communauté humaine, c’est à dire ensemble lié ("cum":avec). Mais les liens sont diversement identifiés.

Contrairement à l’origine étymologique du terme - de natio en latin, naître - et à son premier sens de "race", le lien nécessaire pour identifier comme telle une nation ne peut être réduit au lien ethnique. Si tel était le cas, la nation ne serait que le synonyme de cet autre concept d’ethnie, alors qu’on a vu se constituer des nations autour de plusieurs ethnies, même si d’autres résultent d’un regroupement ethnique [cf les revendications des Albanais].

On peut alors s’interroger sur les critères, les "fondements" d’une nation, et ce tout d’abord en mettant cette notion en relation avec d’autres concepts plus ou moins corrélatifs.

- Nous l’avons dit, la nation n’est pas réductible à l’ethnie, qui fonctionne plus sur le modèle de la famille ou du clan.

- La nation n’est pas réductible non plus à l’idée de territoire, trop restrictive et superficielle.[L’Alsace-Lorraine, territoire, a tantôt appartenue à la nation allemande, tantôt à la nation française.]

- On parle de "Etat-nation", mais la nation est-elle seulement l’Etat ?

Pour répondre à ces questions, il existe différents types d’approche de la nation, à apposer ou à combiner selon les théories.

* Il y a une nation naturelle et objective :

c’est une communauté formée selon la naissance. Ce point de vue met en avant l’existence d’une histoire, d’une langue, d’une culture, d’intérêts communs formant alors un territoire\espace géographique donné.

* Il y a une nation subjective :

Le fondement est d’ordre intellectuel et affectif. Pour Renan, "une nation est une âme, un principe spirituel". Il y a un passé commun, une volonté commune dans le présent.

* Il y a une nation créée et objective :

Elle est en ce sens un fait de droit. L’Académie française la définit (en 1694)comme l’ensemble des habitants d’un même Etat, d’un même pays, vivant sous les mêmes lois et utilisant le même langage.

Dans le contexte du droit, la nation est une personne juridique formée par l’ensemble des individus réunis par une même Constitution distincte de ceux-ci et titulaire de la Souveraineté.

Mais dans ces différents critères, ces différentes conceptions, se joue également une conception plus générale de l’homme, de la vie politique, du citoyen.

L’idée de communauté naturelle fait de la nation une réalité qui s’impose aux individus, indépendamment de leur choix. Cette conception remet en cause la possibilité d’une construction d’une nation.

Alors que la nation comme fait de droit et liée à la notion d’Etat trouve son fondement dans la volonté de vivre ensemble à partir de principes communs. La nation est d’abord une volonté de nation et résultat d’un contrat(cf Rousseau).C’est la mise en avant d’un intérêt général, incarnée en la personne de l’Etat.

Cependant, notons juste que cet intérêt apparaît général au sein de la nation concernée mais peut apparaître particulier au regard d’autres nations.

Mais quel qu’en soit le fondement théorique, la nation ne semble d’abord pouvoir se construire qu’autour [à travers] d’idéologies nationales, notamment celle du nationalisme.


II Construction et idéologie de la nation : le nationalisme.

De façon générale, il existe deux sens au terme "nationalisme", mais qui entretiennent tous les deux des rapports avec la vie d’une nation, à savoir sa naissance et sa persistance.

Dans un premier sens, il désigne une doctrine, un mouvement politique - voire\et populaire -, qui revendique pour une nationalité(c’est à dire un groupe d’hommes unis par une communauté de territoire, de langue, etc)le droit de former une nation plus ou moins autonome[ex : les nationalismes européens du 19ème siècle ; aujourd’hui un nationalisme à travers les mouvements séparatistes corse, basque, voire breton].

Dans un deuxième sens, le nationalisme concerne l’exaltation du sentiment national, c’est-à-dire l’attachement à ce qui constitue le caractère singulier, les traditions de la nation à laquelle on appartient.

Cet aspect du nationalisme pose le problème du rapport du peuple à sa nation et des manifestations de la conscience nationale.*

En ce sens, le nationalisme peut également s’accompagner de xénophobie et d’une certaine volonté d’isolement(éloge de la singularité de sa nation, rejet de l’Autre).

Mais nous pouvons nous demander dans quelle mesure ce nationalisme est le fait libre d’individus ou s’il n’est pas influencé, voire dicté par un contexte politique, historique, culturel, social,...

Dans un troisième sens, [qui n’est en réalité que l’extension du précédent, ou la conséquence], le nationalisme est une doctrine qui fonde son principe d’action sur le sentiment national(de la singularité). Ce faisant, elle subordonne, en politique intérieure, tous les problèmes au développement de la nation(il s’agit d’oeuvrer pour elle, le bien de la nation est supérieur au bien de l’individu).

En politique étrangère, elle rejette toute association limitant la liberté d’action ou s’opposant à l’hégémonie de la nation.

Dans les différents moments[plus ou moins simultanés] de la construction d’une nation, peuvent intervenir les différents types de nationalisme. Nous généraliserons ces étapes selon les dénominations suivantes :

1 : disparition des empires,

2 : refus de la domination ethnique-fait d’une ethnie d’origine plus ou moins extérieure au territoire envisagé,

3 : rôle d’une intelligentsia,

4 : rôle des masses[création de héros\bandit],

5 : récupération du passé,

6 : récupération de l’espace,

7 : reconnaissance extérieure,

8 : constitution de parti,

9 : rôle de l’Etat.

- De façon globale, le nationalisme au sens 1 intervient à la fois aux étapes 1, 2, 3, 5 et 6(voire 7).

- Le nationalisme au sens 2 apparaît aux étapes 4,5,6,7 : c’est-à-dire qu’il peut naître et jouer avant même la création légale et de fait d’une nation. La conscience nationale est un outil de construction. Mais ce sens 2 se retrouverait au-delà de ces étapes de création, c’est à dire comme une des formes que peut prendre la tentative de préservation par la domination de la "nation".

- Le nationalisme au sens 3 peut résider dans l’étape 7, 8 et 9.

La construction identitaire de la nation se fait d’abord par une confrontation avec

l’extérieur (le nationalisme ne naît pas d’abord d’une nation de fait totalement autonome), mais une fois que ces confrontations ont joué dans le sens du resserrement de l’"unité nationale", il s’agit alors de rejeter - du moins de se détacher grandement - des autres nations.

Il est alors intéressant de noter dans quelle mesure les menaces - réelles ou fantasmées - auxquelles la nation, à travers elle le peuple et l’Etat(c’est à dire la souveraineté nationale), peut être confrontée, sont à la fois créées par et moteur d’une des formes de nationalisme.

Poursuivre votre lecture :

- Egypte ancienne et constructions identitaires : nationalisme égyptien et panarabisme

- Fédéralistes et unionistes

- Aucune espèce d’Etat ne peut assurer le bonheur de qui que ce soit. Malraux

- Quel regard peut-on aujourd’hui porter sur l’Europe communautaire ?


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