Deux films au Champo, l’un vu mercredi, l’autre vu jeudi. Des films qui n’ont a priori rien à voir. Perfect Blue, une animation japonaise réalisée en 1999 par Satoshi Kon et Blue Velvet de David Lynch, daté de 1987.
Pourtant, si ce n’était même que la coincidence du titre, les deux semblent finalement si proches.
Ce velours bleu, c’est bien ce bleu parfait, cet idéal, maternel et féminin que recherche le personnage complètement détraqué, Franck Booth. Et ce "perfect blue", c’est bien cet idéal de femme et de pureté qui malmène et torture la chanteuse Mima.

Les deux films sont traversés de cette même perversion. Le viol est une thématique présente au travers du personnage joué par Isabella Rossellini, chanteuse de cabaret dans le film, le viol (il est difficile de savoir si le personnage a été violé fictivement ou non) opère le basculement le plus cru dans le destin de Mima qui se plie à tout pour devenir actrice.
L’onirisme aussi mais un onirisme noir : le cauchemar, l’angoisse. Le réveil qui propose la révélation qu’on ne peut accepter (est-ce moi qui ai tué ces gens ?), le réveil qui n’efface pas les initiations macabres de la nuit : j’ai bien assisté à ces manifestations du mal humain, j’ai bien moi-même été gagné par ce mal.
L’un comme l’autre des films se construisent en partie sur cette structure onirique.

Lynch propose une descente dans les macabres penchants humains, derrière la surface lisse de la pelouse qu’il filme à l’orée de son histoire pour livrer aux regards la lutte continuelle de ses vers grouillants. On rencontre alors des personnages exarcerbés, oscillant entre deux pôles : celui du monde adulte, malsain, jusqu’au dégoût, celui de Franck Booth et Dorothy Vallens, et celui juvénile et idyllique presque à l’écoeurement de Sandy, celle qui devient l’amie du héros, Jeffrey Beaumont. Jeffrey, lui, est le lien entre ces univers, peut-être même en est-il le créateur, seul dans sa chaise longue, sous les arbres, tiré de sa somnolence par un père qui ressemble fort à notre Franck Booth. Dans ce cas, point de "happy end" : définitivement, l’humain est soumis à la perversion, voire à la folie.

Perfect blue joue également pleinement sur la confusion entre rêve-cauchemar et réalité et nous assistons en même temps que Mima, à des répétitions, des scènes déjà vues, déjà vécues, à une mise en abyme permanente des thèmes de la folie et du crime. Nous croyons alors à chaque fois détenir la réponse à ces apparitions fantastiques d’un double à la fois pur et cruel de la chanteuse devenue actrice. La jeune fille joue le rôle d’une jeune fille qui a commis des meurtres, qui ressemblent étrangement à ceux de la vie en dehors du film.

Bien sûr, il n’est pas question d’assimiler Perfect Blue et Blue Velvet mais il est intéressant de relever qu’à une dizaine d’années d’écart et dans une autre société, le même imaginaire, proche des questionnements psychanalytiques, se retrouve. Même si pour Lynch, on ne peut omettre la critique de la société et que pour l’autre, on perçoit la critique mais sans trop bien savoir quel en est l’objet.


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Auteur : Claire Mélanie
Voici un espace d'expression plus personnelle. Vous y trouverez quelques textes, quelques photos, des impressions. Des instantanés, des atmosphères, des humeurs, des remarques, le tout sans restriction d'objet : d'un film à la poste, d'un jeu vidéo à la feuille déchue. Bonne lecture !
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