Il était une fois trois petites couleuvres qui en avaient assez de ne pouvoir se chauffer les écailles car elles habitaient un pays de neige et de nuit. Un soir de décembre, dans cette année où le froid et la nuit furent encore plus rudes qu’à l’accoutumée, elles rassemblèrent leurs affaires et partirent. Un sac de laine sur le dos, un petit cache nez contre la bise et les voilà se mouvant tant bien que mal à travers la neige et ses pièges. Nul ne saurait dire la difficulté de ramper dans un sol qui s’enfonce, échappe, se met à nous recouvrir. Nos trois courageuses couleuvres, elles, le savaient, et souffraient. Ce n’était pas pour rien qu’elles avaient jusque là remis ce périple.
Comment se fait-il alors que ces trois-là se soient à l’origine trouvées dans une telle contrée ? C’est justement qu’à l’origine, elles n’étaient pas de ce lieu. Elles se souvenaient encore de quelques bribes de lumière et de chaleur, sensations et émotions inscrites dans le plus intime de chacune d’elles. Tout cela restait néanmoins confus, comme dans une sorte de rêve par dessus lequel seraient passés les durs moments du réveil. Car un jour, elles s’étaient réveillées, les unes les autres à côté dans un endroit inconnu, inhospitalier, avec une douleur derrière la tête et le corps engourdi.
La nuit continuait de les happer sans cesse, même après des jours de voyage, qu’elles trouvaient durer des ans. Depuis longtemps, le cache-nez s’était défait, maille par maille et les écailles étaient à vif. Elles ne pourraient vraiment recouvrer confort et prestance qu’au temps de la mue. Mais ce temps leur semblait si hypothétique. Le doute les saisissait tour à tour : ce pays de lumière et de sable avait-il jamais existé ? Séraphine, la plus cultivée des trois n’avait pu garder pour elle que certains écrits mentionnaient une sorte de mémoire génétique, des souvenirs qui se transmettraient de génération en génération. Cette terre autrefois peut-être avait pu connaître le jour, quant au présent, il semblait suspendu dans l’obscurité.
Artichaut, la plus sage avait alors rétorqué que si le monde s’était arrêté, elle, elle était toujours bien vivante et que pour continuer d’exister, il lui fallait se mouvoir et chercher. Croquignette avait acquiescé.

  • Le périple de trois couleuvres

    4 juillet 2008 03:19, par Amélie

    Je suis tombée sur votre blog par hasard et sur cette histoire. A quand la suite ? Ce serait dommage de laisser ces trois amies dans cette mauvaise posture !

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  • Le périple de trois couleuvres

    5 juillet 2008 03:50, par Dedalia

    Merci pour votre commentaire. Effectivement, je ne les ai pas laissées au meilleur endroit qui soit. J’espère en tout cas qu’elles reprendront le chemin bientôt...

    repondre message

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Auteur : Claire Mélanie
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