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Jean de La Fontaine, "Le Loup et le Chien", analyse

mardi 31 mars 2020, par Corinne Godmer impression

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Pendant cette période de confinement, en particulier pour les élèves de lycée, nous avons décidé de publier à un rythme plus soutenu plusieurs analyses de texte.

Ci-dessous, une proposition pour la fable Le loup et le Chien de Jean de La Fontaine. Pour le texte lui-même, c’est sur cette page.

Bonne lecture et bon travail.


Vous trouverez ci-dessous une proposition de plan rédigé.

La Fontaine, Le loup et le Chien

Qui parle ?
Le fabuliste, utilisant deux animaux personnifiés. Ces deux animaux, qui mènent un dialogue, représentent et symbolisent l’homme.
A qui ?
Deux lectures. Le Chien et le Loup se parlent. La fable s’adresse à ses lecteurs, de façon plus étendue, aux lecteurs de son époque, à la cour, aux hommes.
De quoi ?
De l’opposition entre liberté et servitude, de la flatterie à la cour.
Comment ?
En utilisant l’apologue et des animaux personnifiés.
Vers 5 : la syntaxe est transformée puisque le complément est placé avant la principale. Présente d’abord l’instinct, ensuite sa réflexion.
Antithèse à la rime, entre « humblement » et « hardiment ».
Utilisation du mot « Mâtin » (gredin, vaurien) : le mot est plus impressionnant que « Dogue », ce qui montre l’évolution du jugement du loup à propos du gabarit du chien. Il s’affine. Présence d’un enjambement
« Il ne tiendra qu’à vous » : litote. D’après le chien, c’est la faute du loup.
« beau sire » : hyperbole. L’instinct du chien, il a peur du loup, et cherche par ce qualificatif à amadouer le loup afin d’éviter une lutte.
Pourquoi ?
Pour rappeler le plus précieux des biens, la liberté, qui s’étend ici à la liberté de penser. Par un récit plaisant, la fable cherche à instruire et délivre une morale.

Introduction
C’est au cœur du XVIIème siècle classique que Jean de La Fontaine, empruntant les traces de ses illustres prédécesseurs (Ésope, Pilpay), livre à ses lecteurs ses Fables, un condensé de sagesse populaire. Fidèle aux mots d’ordre de son siècle « Plaire et instruire », il analyse les mœurs de son temps et développe des morales dont l’objectif est de permettre aux hommes de s’adapter au monde auxquels ils sont confrontés. Pourtant, ici, point de conseils. Un loup et un chien se rencontrent, le second nargue le premier, maigre et sale, le loup se rit à son tour de l’aliénation du chien. Nous nous demanderons donc dans quelle mesure, en l’absence de morale explicite, le lecteur peut construire la leçon de l’œuvre. Nous verrons que pour nous faire adhérer à son propos, le fabuliste construit un récit plaisant. Il caractérise alors ses personnages avec la plus grande précision. Ces caractères bien définis nous conduisent à la construction de la leçon.

I. L’art du récit
A) Un récit plaisant
Les vers hétérométriques, c’est-à-dire de mètres différents (alexandrin, décasyllabe, octosyllabe), entraînent une variété dans la lecture. Même conséquence avec l’utilisation de rimes croisées, plates, embrassées, ce qui rend la lecture plus souple et donne un aspect vivant au récit. Le temps utilisé, le présent de narration, rend également le récit plus vivant (l’imparfait est gardé pour les actions longues et durables).
B) Un récit symbolique
La fable est dynamique (elle ne comporte que des actions) et théâtrale car elle met en scène deux animaux. Ces deux animaux représentent l’homme sous une forme allégorique puisque ces animaux sont personnifiés (utilisation des Majuscules). Les paroles sont rapportées au style direct, ce qui confère de la vivacité au récit. L’alternance des discours apporte enfin une dynamique à la rencontre.
Dynamique et structuré, le récit l’est donc par sa construction mais également dans la progression de la dramatisation.

II. Étude des personnages

Les deux animaux protagonistes, le Chien et le loup, sont à la fois proches et opposés (loup sauvage opposé au Chien domestiqué).
A) Le Chien
- Sur le plan physique, il est décrit comme fort, « beau », « gras », avec le poil luisant (deux sens du mot « poli »). Le mot « « gras » symbolise la grosseur de ce Chien et sa puissance. Quatre adjectifs sont utilisés pour le décrire (« puissant », « beau », « gras, poli »).Il s’agit d’un colosse, dont la reconnaissance se déroule en deux fois, il s’agit d’abord d’un « Dogue » puis d’un « Mâtin », avec une évolution dans la reconnaissance de la force du chien et un enjambement pour en signifier l’étendue.
- Sur le plan psychologique : le Chien parle beaucoup, il a la parole et donc le pouvoir. Son discours exprime son autosuffisance, son autosatisfaction « D’être aussi gras que moi », « Vos pareils y sont misérables ». « Il ne tiendra qu’à vous », par la litote, marque le rejet de la faute sur le loup.
Il est donc imbu de lui-même. Mais la qualification « beau sire », par le jeu de l’hyperbole, montre qu’il n’a pas perdu son instinct et qu’il cherche, par ce qualificatif, à amadouer le loup afin d’éviter une lutte.
Il porte surtout l’image d’une personne asservie comme l’indique le terme « bourgeois », réservé à l’homme et un peu péjoratif dans ce contexte. La Fontaine emploie ici le champ lexical de l’argent pour le caractériser.
B) Le loup
- Il est puissant mais très affaibli, squelettique. La cause de sa maigreur : les Chiens. Au vers 5, sa première réaction, « L’attaquer, le mettre en quartiers » montre son agressivité, son envie de tuer. La syntaxe, transformée, puisque le complément est placé avant la principale, présente d’abord l’instinct, ensuite sa réflexion. Son instinct s’oppose en effet à la réalité concrète matérialisée par l’opposition « Mais » du vers 7.
- Son premier discours lorsqu’il réalise la force du Chien marque sa peur, il est alors flatteur, avec une parole aux sonorités douces, « l’aborde humblement » (avec une antithèse à la rime, entre « humblement » et « hardiment »), « Entre en propos, et lui fait compliment / Sur son embonpoint, qu’il admire » étouffées par les assonances en « an », « on ». Les allitérations en [q] et [k], aux sonorités heurtées, reflètent la dureté du Loup « Qu’est-ce là ? lui dit-il. (…) Quoi ? » lorsqu’il s’exprime ensuite.
- Le champ lexical de la guerre est relié au Loup « attaquer », « bataille », « se défendre », « l’épée » mais se présente comme un combat entre gens de même rang. Sa dénomination en « Sire Loup » renvoie à l’aristocratie.

C) Interventions de l’auteur
Le fabuliste marque une prise de position envers le Loup.
- Nous connaissons les pensées de ce Loup, la fable s’appuyant sur la focalisation interne « Le Loup déjà se forge une félicité / Qui le fait pleurer de tendresse ». L’utilisation de la dénomination « Sire Loup » favorise le Loup et marque l’adhésion du fabuliste à son récit, sa prise de position.
- La parole du Chien est, dans le cours de la fable, privilégiée, mais le Loup aura le dernier mot. Sa fuite, son action, terminent le récit.
- La personnification, la prosopopée (faire parler des animaux) permettent de donner à entendre les sentiments des animaux qui débattent sur un sujet humain, celui de la liberté.
Au-delà de deux figures opposées, et de façon plus symbolique, se note ainsi l’opposition de la liberté à la servitude, un thème plus philosophique et moral.

III. L’enseignement moral de cette fable
A) La servitude
- Le Chien est attaché et dépendant du maître pour sa nourriture et son affection. Il appartient au monde des domestiques, de la servitude.
- Attaché au confort matériel, le Chien incarne les cours serviles qui obéissent aveuglement au Roi pour obtenir des faveurs, des récompenses. Un chiasme (« Flatter ceux du logis, à son Maître complaire ») insiste sur la nécessaire flatterie dans le travail.
- Le Chien est vaniteux, a des préjugés, il est borné, donnant deux conseils au Loup « quittez le bois » ; « suivez-moi », à l’impératif, suivis de leurs conséquences. Le travail du Chien est minimisé par l’énumération de 3 verbes à l’infinitif : « donner la chasse », « flatter », « complaire ». La Fontaine dévalorise ici le travail du Chien.
B) La liberté
- Le Loup est libre, il va où il veut. Il est valorisé par l’emploi de « maître Loup » en fin de fable qui le positionne en supérieur. Diplomate, intelligent, il représente celui qui sait rester lui-même, qui sait conserver son indépendance.
- Le Loup est surpris des conditions de vie du Chien : détail anormal, il est inquiet et questionne « Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas / Où vous voulez ? ». Le Chien est gêné, il évite de répondre, il minimise, « Pas toujours ; mais qu’importe ? », en une phrase plus courte que les questions du Loup.
- Le Loup est affligé par le mot « attaché ». La liberté d’aller et de venir est si précieuse qu’aucun « trésor » ne peut compenser son absence.
La morale implicite serait d’entendre qu’il est préférable de vivre affamé qu’attaché. Mais, au-delà, la fable pose la question de la condition humaine et de ce choix, un parmi d’autres.

Conclusion
Le fabuliste a donc choisi le genre de la fable pour nous transmettre une réflexion sur la nature humaine. En l’absence de morale explicite, le lecteur se voit guidé vers la construction du sens, par une stratégie argumentative particulièrement efficace. En effet, le récit se met au service de l’argumentation par sa capacité à charmer un lecteur captivé par une action rapide, ménageant des moments de dialogue bien venu. Ainsi, il peut opposer les caractères pour pousser le lecteur à réfléchir sur sa propre condition : est-il bon de se détacher de toute contrainte sociale, quitte à vivre dans une grande frugalité ? Même s’il semble donner toute son attention au loup, l’auteur ne prend pas véritablement parti. Il nous incite plutôt à prendre conscience de la misère de la condition humaine, incapable d’accéder à un bonheur parfait. Mais, une réflexion si douloureuse peut-elle se satisfaire d’un développement si plaisant ? Ne mériterait-elle pas des arguments plus sérieux ?


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