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Le Cinéma turc : un paradoxe moderne

mercredi 7 mai 2014, par Iymen B. impression

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A l’occasion du Festival du cinéma de Turquie, plusieurs films ont été mis à l’affiche. Majoritairement d’auteurs indépendants, ces films mettent en avant comme décrient toute une société. On constate que ce pays connait une mutation cinématographique intéressante à travers des productions de qualité. Mais on se demande quelle est la place de ces productions aussi bien localement qu’au delà de ses frontières.


A l’heure où le cinéma hollywoodien s’empare de toutes les mégalopoles mondiales, où les films à gros budgets font de l’ombre aux films indépendants d’art et d’essai, certains pays peinent à produire et diffuser à grande échelle leurs films. C’est dans ce contexte que l’on se pose la question : qu’en est-il de la Turquie ? Pays à la frontière complexe et indéterminée, oscillant entre l’Orient et l’Occident, deux cultures complètement différentes s’y côtoient.

En 1998, la Turquie dénombrait quelques 450 écrans à travers le pays, avec une concentration autour des grandes villes telles qu’Istanbul ou Ankara, la capitale. Des diffusions surtout américaines à ce moment-là, à 85% contre seulement 13% de productions locales. C’est donc un chiffre bien maigre… mais qu’à cela ne tienne, car le tout semble en constante évolution. Quelques productions locales ont récemment réussi à attirer plus largement le public turc.
Mais qu’en est-il de ce cinéma et de sa place dans le monde ? Et avant tout, dans la société turque ?

2013, une année fructueuse

Selon le Hurriyet Daily News et le Ministère du Tourisme et de la Culture turc, 2013 a été une année très fructueuse pour le box-office turc avec 49,58 millions d’entrées vendues. Un chiffre record qui révèle une certaine expansion du milieu. C’est ainsi qu’environ 138 000 personnes ont assisté à une projection à travers le pays par jour ! C’est une acclamation du public turc qui semble se laisser plus facilement tenter par les productions nationales… Par ailleurs, parmi ces 49 millions d’entrées vendues, 28,5 millions de places ont été achetées pour des films grand public de réalisations turques. Une augmentation considérable de 25% est ainsi constatée par rapport à 2008.
D’ailleurs, ce succès s’explique aussi par une hausse de 15% des œuvres cinématographiques créées, à la différence des années antérieures.

L’humour comme remède sociétal

Mais quel est le genre prédominant de cette année écoulée ? En tête de liste, c’est la comédie qui semble le plus plaire aux Turcs. En effet, c’est le film du très connu Cem Yılmaz, CM101MMXI Fundamentals qui se place en tête. Ce n’est, à proprement parler, pas vraiment un film mais un ensemble de ses sketchs sous forme de one-man-show. Ce comédien et humoriste a toujours eu un franc succès auprès de la population turque à travers son humour débridé contant l’histoire quotidienne et la société turque dans laquelle il évolue. Des tracas de tous les jours aux relations, il trouve de quoi rire dans les situations les plus graves et sérieuses. Ce reflet de la vie de tous les jours à travers l’humour semble alléger l’atmosphère qui peut paraitre parfois pesante dans les films turcs plus indépendants. Bon public et populaire, c’est une recette qui a une nouvelle fois fait le succès de Cem Yılmaz.

L’humour semble ainsi le premier penchant des turcs, et qui se confirme à travers le film en deuxième position du box office. En effet, c’est le très popularisé : Düğün Dernek de Selçuk Aydemir qui le suit. Cette place est méritée grâce à une audience de 4,4 millions de spectateurs depuis sa sortie le 4 décembre. C’est donc un succès phénoménal qui fait de lui le 2ème film le plus vu de l’histoire du cinéma turc depuis sa création, en si peu de temps.

La Turquie semble ainsi s’ouvrir à une nouvelle ère cinématographique. Des coopérations bilatérales privées, avec des organisations telles que Le Comité de soutien au cinéma, permettent un financement, partant, la possibilité pour les réalisateurs de produire ce qu’ils souhaitent.

Ainsi, on peut comprendre que le cinéma turc est scindé en deux : d’abord un cinéma très commercial, à l’image de la télévision, très prisée par la population locale, et un cinéma plus « sérieux », à savoir plus axé sur une tradition des auteurs, entrant dans une phase occidentale de films indépendants.

Les films indépendants reconnus

Le cinéma commercial turc ne brille qu’à l’intérieur de la Turquie. Il en est une toute autre histoire pour les films d’auteurs turcs qui participent, depuis quelques années, de plus en plus aux festivals internationaux avec de nouveaux réalisateurs connus et reconnus dans le milieu du cinéma.

Ce milieu s’envole avec des réalisateurs s’inscrivant dans un processus plus international, plus indépendant. Avec l’aide financière de l’Union Européenne notamment et d’autres fonds d’ordre privé, ce cinéma évolue et tend à s’inscrire dans une lignée internationale. Invité souvent lors de grands festivals, il est présent et semble bien marquer sa place. Notamment grâce à des réalisateurs comme Nuri Bilge Ceylan qui a gagné un prix pour chacune de ses cinq productions.
_Ainsi, Uzak et Il était une fois en Anatolie (Bir Zamanlar Anadolu’da) lui ont fait remporter par deux fois le Grand Prix du jury au festival de Cannes, en 2003 et 2011. Mais pas seulement, considéré Meilleur film en 2012 pour Il était une fois en Anatolie au Festival International de Dublin, il a par ailleurs raflé le titre d’Orange d’or du meilleur film pour ses deux films Uzak et Les Climats (Iklimler) au Festival International d’Antalya. En 2008, on lui décerne le Prix de la Mise en scène au Festival de Canne pour le très intéressant Les Trois Singes (Üç maymun).

Ainsi, chacune de ses productions est récompensée, ce qui prouve à quel point le talent semble sourire aux réalisateurs turcs. Parce que fort heureusement, il n’est pas le seul à apparaitre sur la scène de Festivals illustres. Nous pouvons citer Semih Kaplanoğlu, grand gagnant de l’Ours d’Or de Berlin grâce au dernier film de son triptyque La trilogie de Yusuf, Miel (Bal).
Yeşim Ustaoğlu est une cinéaste turque surtout reconnue à travers son long-métrage La boite de Pandore qui lui a valu le Prix de l’Huitre d’Or au Festival San Sebastian en Espagne ainsi qu’une nomination au Lux Film Prize de 2009. C’est un film axé sur un drame familial : la mère de 4 enfants disparait, ceux-ci décident de partir à sa recherche, mettant de côté non sans peine leurs différends, mais cela est de courte durée.

Les genres semblent se diversifier ces dernières années, mais ils interrogent surtout la place de l’individu dans la société turque. A savoir les femmes, le rapport entre les hommes et les femmes. Il est souligné dans les deux films que nous avons vu à l’occasion du Festival du cinéma de la Turquie à Paris. Tu illumines la nuit tout comme Je ne suis pas lui interrogent ce rapport de dominance de la femme et de l’homme. C’est une relation centrale, de manière générale. Le mariage, pour les deux protagonistes, semble un but traditionnel à accomplir qui, lorsqu’il n’est pas fait, étonne tous les autre personnages présents. A travers ce cinéma d’auteur, on apprend à connaitre la Turquie en profondeur, ses mutations et ses évolutions contraires.

La stratégie des Festivals

La Turquie veut briller de part sa culture… et cela ne peut se faire qu’en attirant des renoms du milieu cinématographique. Ainsi, pour et dans l’intention de s’inscrire dans une lignée internationale culturelle et gratifier ses propres productions locales, plusieurs festivals ont été mis en place. Une stratégie à l’évidence payante puisque aujourd’hui, le Festival International d’Antalya est reconnu, de même que le Festival International du Film d’Istanbul. Ils récompensent des auteurs venants du monde entier.

La mise en place du Festival International de Film de Femmes, à savoir Filmmor, projette une image positive, à savoir défendre la cause de la Femme et des femmes en général à travers les sociétés mais surtout dans leur rôle de réalisatrice à l’écran. Bien que l’on puisse regretter cette sectorisation - participation réservée exclusivement aux femmes - , frôlant le communautarisme, on saluera bien entendu la visée internationale et l’ouverture cinématographique. On introduit ainsi dans le pays un palmarès plus enclin à la défense des œuvres féminines, toujours dans cette politique d’ouverture culturelle sur les mondes.

Mais les Festivals sont présents également hors frontières. Nous pouvons citer notamment le Festival du cinéma de la Turquie qui se déroule chaque année à Paris, ce qui ouvre le cinéma turc à une certaine reconnaissance mondiale.

Si aujourd’hui le cinéma turc a une visibilité internationale quasi-inexistante en Occident, grâce aux efforts faits par le gouvernement et les associations d’ordre privé, son expansion prochaine ne fait nul doute. Bien que sa renommée internationale ne soit pas encore tout à fait affirmée, cela ne saurait tarder. Doucement, mais sûrement, les films turcs seront amenés à franchir leur frontière.

Mais pour le moment, c’est un mouvement très paradoxal qui s’opère. Intramuros, les productions populaires brillent auprès de la population mais sont quasiment inexistantes en dehors. Cependant, c’est l’effet inverse qui s’opère pour les productions à petit budget, d’art et d’essai. Ceux-ci ont une visibilité internationale intéressante. Ainsi, les auteurs turcs sont reconnus pour ce qu’ils valent, à leur juste valeur. Ils semblent exceller dans le 7ème art à travers des productions à budget limité, mais pourtant bien réalisées. Même si ces auteurs ont du mal à se faire reconnaitre et diffuser à travers leur propre pays, il n’est pas à douter que leur réputation saura se garder intacte à travers le regard des fins cinéphiles. C’est ainsi qu’on constate une présence certaine dans les festivals, où leur réputation n’est plus à faire.

A n’en pas douter, ce pays est en réelle effervescence culturelle et connait aujourd’hui beaucoup de changements à suivre de près.


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