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L’utopie : critiques des utopies, limites et dangers d’une inadéquation fondamentale au réel ?

lundi 11 mai 2009, par Claire Mélanie impression

Mots-clefs :: Culture générale :: Société ::

Dernière partie de nos articles sur l’utopie. pour lire à partir du début, voir notre premier article : Introduction à la notion d’utopie.


Nous sommes ici renvoyés au sens péjoratif d’utopie comme chimère, conception irréalisable. Et lorsque dans l’utopie tout semble trop bien, c’est cette imposition d’une certaine vision de la perfection qui pose problème.

1. Ne peut-on pas accuser l’utopie de méconnaître l’Homme ?

Une des facettes de l’utopie est la volonté d’ordonner les choses, d’ordonner la société, d’ordonner l’Homme. Or dans ces constructions ordonnées (voire hyper-ordonnées), il n’y a pas de place pour la différence de vision, l’opposition ou tout au moins les divergences des classes sociales, les contradictions d’intérêt, l’opposition des idées.
Il ne peut y avoir d’exception dans une société utopique : tous sont soumis à un type d’organisation et à un seul.

L’utopie est une pensée de la plénitude au sens où elle règle les détails de toute chose, cela en s’appuyant sur des individus a priori de bonne volonté, cherchant par nature et de facto le bien de tous, pour tous et par tous.

Seulement, la réalité tend à se rappeler, celle qui fait s’interroger sur un homme qui serait naturellement bon. L’homme naturellement bon relèverait plus du mythe, de ce qui devrait être, voire finalement d’une utopie. Rousseau lui-même, avec son image du "bon sauvage", reconnaît qu’il s’agit d’une construction de l’esprit. En ce sens, l’homme comme animal social s’approcherait d’avantage de l’individu chez Machiavel, agissant uniquement selon son propre intérêt même dans les apparences de vertus.

En tout état de cause, l’appréhension utopique tend à surestimer l’homme ou à simplifier, réduire sa nature (voire le jeu d’opposition entre les bons et les mauvais Troglodytes dans les Lettres Persanes de Montesquieu).

2. L’utopie : une impasse regardant la politique.

Toute réflexion sur la cité idéale suppose cette approche d’un homme bon, c’est à dire tel qu’il devrait être non pas tel qu’il est.

Or pour Machiavel, puisque l’homme est naturellement méchant, il ne va pas suffire de simplement modifier les lois de la cité par des lois qui semblent justes pour obtenir la cité idéale. Ce n’est pas la sagesse, l’équilibre, la justesse des institutions qui pourra rendre les hommes meilleurs dans la mesure où cette sagesse leur est extérieure et que reste en eux cette tendance naturelle à la méchanceté.

C’est par la connaissance de la "marche des choses", par une rationalité technique et non pas par une morale raisonnable que les hommes et la cité sont gouvernables.

Ainsi pour Machiavel, l’utopie est inutile voire nuisible puisque se plaçant en son fondement même en dehors de la réalité humaine, elle n’en permet aucune compréhension donc maîtrise.

3. L’utopie est hors de l’histoire et figée.

Des difficultés de son inscription dans l’horizontal et le vertical.

Le livre de Thomas More est révélateur. Il est écrit au présent et décrit un monde supposé déjà existé. De cette manière n’est jamais abordée la question du devenir historique de la société. Cette société est parfaite, elle n’a pas à évoluer.

Les sociétés utopique, utopistes sont réfugiées hors de l’histoire, protégées du temps et des autres mais sans confrontation au réel. La mise en pratique réelle devient dès lors difficile car il s’agit de pouvoir construire un système complet.

En ce sens, il n’est pas étonnant que la plupart des utopies littéraires soient situées dans des îles, dans un monde clos, hors de portée de l’extérieur et de ces atteintes, de tout ce qui ne fonctionne pas à l’identique (île d’Utopie de Thomas More, île des Bienheureux chez Homère notamment).

A noter que ces évocations utopiques sont souvent accompagnées d’évocations d’un passé mythique.

4. Le problème du bonheur

Ne peut-on pas dire que dans les mondes proposés dans les utopies, tout est presque trop bien et à l’image de Candide qui quitte l’Eldorado, préférant l’inconfort du désir à cette sorte de satisfaction béate voire sans surprise d’une vie parfaitement réglée.

Par ailleurs, le bonheur semble d’abord se concevoir sur un plan individuel or l’utopie se devrait de n’intervenir que dans la dimension collective. On a cependant pu voir que les descriptions utopiques avaient souvent un caractère englobant s’intéressant aux choses collectives comme individuelles.

Comment pourtant une subjectivité pourrait-elle déterminer, choisir ce qui est le bonheur et le choisir pour tous ?
De plus, si les récits utopiques mettent en avant un certain nombre de conditions devant permettre l’atteinte du bonheur (la richesse, la longue vie, etc), ces conditions ne certifient en aucun cas que le bonheur sera réellement atteint.

Une double limite s’exprime : la relativité d’une utopie (le point de vue d’une subjectivité sur la perfection), l’écart encore une fois entre construction de l’esprit et réalisation pratique.

Le rêve d’une société dans laquelle tout le monde serait heureux semble irréalisable.


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