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L’essor du mouvement abolitionniste - Partie 2

mercredi 10 mai 2006, par Anne-Renée Castex impression

Mots-clefs :: Culture générale :: Histoire ::

Après avoir introduit le mouvement abolitionniste et étudié ses origines et après la partie 1 de L’essor du mouvement abolitionniste voici après un peu plus d’un mois d’attente, la partie 2.


II] L’essor du mouvement abolitionniste

A] L’esclavage au siècle des Lumières

B] La Société des Amis des Noirs : le premier mouvement abolitionniste français

  • Une création à la veille de la Révolution

Le mouvement abolitionniste français a fortement subi l’influence du mouvement anglais. La Société des Amis des Noirs est fondée à Paris le 19 février 1788, un an après celle de Londres, à l’initiative de Brissot (futur député girondin pendant la Révolution) et Clavière (citoyen de Genève en exil).

Y participent également Mirabeau, Lafayette et Condorcet (1). La Société est dotée de statuts, de finances et bientôt de moyens de propagande. D’emblée, elle se conçoit comme une branche d’un mouvement international, dès lors que la traite se pratique à l’échelle internationale. Les différentes sociétés sont liées entre elle et correspondent. Un membre de la Société est par exemple automatiquement admis dans la Société anglaise ou américaine et vice-versa.

  • Le projet : pour une abolition progressive de l’esclavage

Le projet défendu par la Société, et par le mouvement abolitionniste en général, est celui d’une abolition graduelle de l’esclavage, par la mise en application d’un plan par étapes sur plusieurs générations. En effet, pour les contemporains, une abolition du jour au lendemain risquerait de ruiner l’économie mondiale. Par ailleurs, elle ne serait même pas souhaitable pour les esclaves eux-mêmes, non préparés à la liberté. Cette abolition graduelle devait néanmoins avoir comme préalable l’abolition immédiale de la traite par tous les pays concernés (signature d’une convention internationale). Le projet abolitionniste du XVIIIe siècle était également un projet colonial, en ce qu’il envisageait une implantation en Afrique et une action civilisatrice.

  • Les actions : publications et action parlementaire

Après sa création, la Société des Amis des Noirs avait besoin d’informer le public et de diffuser ses idées. Pour cela, elle publie des livres en anglais, le régime de censure des livres étant moins rigide que celui des périodiques. De plus, Mirabeau avait réussi à obtenir une autorisation tacite pour faire paraître un journal, L’Analyse des papiers anglais, contenant des informations venues d’Angleterre, traduites de la presse anglaise. Ce journal a été le vecteur essentiel des idées anti-esclavagistes jusqu’à la création du journal de Brissot, le Patriote français, en juillet 1789.

Mirabeau prépara également l’offensive parlementaire, pour obtenir de l’Assemblée Constituante l’abolition immédiate de la traite. En août 1789, Thomas Clarkson est dépêché en France par la Société de Londres. Celle-ci espère faire voter l’abolition en France, pour permettre l’internationalisation du débat. Malgré l’aide de Clarkson, Mirabeau échoue devant l’Assemblée le 8 mars 1790. Malgré cet échec, il continue à se faire le porte-parole des idées de la Société des Amis des Noirs à l’Assemblée (où les abolitionnistes étaient minoritaires) et ailleurs (Société des Amis de la Constitution).

C] Une lutte d’arguments : pour ou contre l’esclavage

La lutte entre les thèses abolitionnistes et les thèses esclavagistes est avant tout une lutte d’arguments, aux niveaux économique, politique, moral et religieux. Les 2 camps développent une argumentation qu’ils cherchent à diffuser et à promouvoir.

  • Les arguments abolitionnistes

Dans le mouvement abolitionniste, une grande place doit être faite à la diffusion des idées et à la sensibilisation de l’opinion sur l’inhumanité de la traite et de l’esclavage. La plus grande partie de l’argumentation abolitionniste a été élaborée en Angleterre.

C’est par exemple le cas de l’inscription «  Am I not a man and a brother ? » (2), accompagnée d’un dessin représentant un Africain à genoux et enchaîné. Cette représentation a connue une grande diffusion, allant même jusqu’à être montée sur des bijoux. La Société des Amis des Noirs de Paris en reprendra le dessin pour faire graver son sceau. En 1788, Clarkson se rend à Liverpool et ramène le plan d’un navire négrier. Les captifs y figurent, ce qui donne une idée concrète de leur entassement. Cette oeuvre de propagande, qui n’est d’ailleurs pas totalement exacte, sera très efficace. En effet, c’est la traite, beaucoup plus que l’esclavage, qui va provoquer l’indignation d’un public de plus en plus informé.

En peu de temps, les abolitionnistes, grâce aux différents moyens de propagande utilisés, se rendent maîtres du terrain de la morale. Ils essaient également de contrer les arguments économiques et commerciaux de leurs adversaires, en tentant de démontrer le caractère non rentable de l’esclavage. En effet, celui-ci s’opposerait aux théories mercantilistes (3) en vigueur à l’époque, qui prescrivent de limiter le plus possible les importations. Or, les marchandises nécessaires à la traite ne sont pas toutes produites sur place. Les abolitionnistes cherchent à prouver que la traite nuit aux industries nationales : un commerce qui laisserait les Africains chez eux serait plus rentable pour tous et éviterait le pillage de l’Afrique.

  • Les arguments pro-esclavagistes : essentiellement économiques

Les arguments esclavagistes sont représentés en France par le club Massiac, créé en août 1789. Parmi eux, les plus décisifs sont les arguments d’ordre économique. En effet, d’aucuns prétendent que l’économie coloniale est indissociablement liée à l’institution de l’esclavage : le supprimer reviendrait à ruiner les colonies de plantation, sources de tant de richesses pour le pays. Les adversaires de l’abolitionnisme construisent une argumentation économique générale, qui présente la traite comme le maillon d’un système global. Pour eux, le système esclavagiste est complètement intégré aux circuits financiers et commerciaux européens. Supprimer la traite ruinerait donc de nombreux autres secteurs qui en dépendent directement, la construction navale par exemple.

Selon le lobby esclavagiste, en 1790, la suppression de la traite ruinerait 70.000 planteurs et près de 6 millions de personnes reliées directement ou pas au système (ce chiffre est surévalué). Les abolitionnistes sont de plus accusés d’être antinationaux, car ils font le jeu de l’Angleterre dans le cadre de la rivalité coloniale franco-anglaise. Dans les idées pro-esclavagistes, les arguments purement racistes sont encore très peu nombreux au XVIIIe siècle (nb : ils le seront clairement plus dans l’argumentaire du XIXe siècle). Rappelons que l’esprit des Lumières affirmait l’égalité fondamentale du genre humain. C’est toutefois en 1781 que le médecin hollandais invente la mesure de l’angle facial qui servira par la suite à fonder scientifiquement l’infériorité des Africains.

D] Les premières abolitions

Le Danemark est le premier Etat au monde à abolir la traite en 1792. L’Angleterre et les Etats-Unis suivent en 1807. Après cela, le gouvernement anglais militera activement pour imposer cette mesure aux autres pays. En France, la situation est plus complexe. Abolis en 1794 par la Convention nationale, la traite et l’esclavage sont ensuite rétablis par Napoléon en 1802. Il faudra attendre le 27 avril 1848 pour que l’esclavage soit définitivement interdit en France.

Le mouvement abolitionniste se perpétue au XIXe siècle, en vue d’obtenir l’abolition définitive et générale de la traite comme de l’esclavage. En effet, si la traite est interdite dans la plupart des pays en vertu de conventions internationales, la traite illégale subsiste dans de nombreux pays jusqu’à la fin du XIXe siècle.


Notes :

(1) Ce dernier avait publié sous un autre pseudonyme De l’esclavage des nègres en 1781.

(2) « Ne suis-je pas un homme et un frère ? »

(3) Pratiques d’intervention économique mises en oeuvre par les grands Etats européens du XVe au XVIIIe siècle. Selon les théories mercantilistes, la richesse repose sur l’abondance des hommes et de la monnaie. Cela débouche sur la mise en place de politiques populationnistes. Partant du postulat que la masse monétaire circulant en Europe est constante, les mercantilistes développent l’idée que pour accroître la richesse, il faut retenir sa monnaie à l’intérieur des frontières et attirer la monnaie étrangère. Concrètement, cela signifie produire des biens (notamment produits de luxe) jusqu’alors importés de l’étranger.

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