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Hip-Hop et politique

Episode 1 : Le Rap, parole de la rue.

mercredi 10 juin 2009, par Jamie Nevermind impression

Mots-clefs :: Culture générale :: Histoire :: Musique :: Société ::

Loin des clichés actuels, le Rap était, à l’origine, un moyen d’expression social et politique. Flashback illustré sur la naissance de ce mouvement, à l’époque où les chaines en or brillaient moins fort...


Le mouvement hip-hop et son pendant musical, le rap, sont nés selon toute vraisemblance aux États-Unis vers 1975.

Dans le bronx à New York, Afrika Bambaataa est membre d’un gang appelé les Black Spades. En janvier 1975 son ami Soulski est abattu sous ses yeux par la police. Extrêmement choqué par cet événement et lassé de ce mode de vie violent, Bambaataa quitte son gang et se lance dans l’animation de soirées. Il contribue à créer ce que l’on appelle à l’époque l’expression « disc jockey » qui consiste à mélanger des musiques existantes avec des rythmes de batterie.

Bambaataa fonde ensuite un mouvement basé sur des codes moraux qui prônent la non-violence et la créativité artistique. Le nom d’emprunt Afrika Bambaataa est une référence à un chef zoulou célèbre qui lutta contre l’impérialisme anglais et unifia les tribus d’Afrique du sud. Le mouvement du Bambaataa qui nous intéresse ici prend donc le nom de “Zulu Nation”. Bambaataa cherche avec ce mouvement à lutter contre les conflits territoriaux et ethniques qui font rage dans les quartiers pauvres d’Amérique. La nation Zulu refuse toute forme de discrimination raciale, sociale ou religieuse et propose aux jeunes des ghettos une alternative aux gangs en leur permettant de s’identifier à des valeurs positives, de détourner la violence à travers de défis artistiques. Dans les années qui suivent ce mouvement prend progressivement de l’ampleur en intégrant d’autres formes d’expression artistiques comme la danse ou le graffiti.
En 1993 Afrika Bambaataa définit le hip-hop ainsi : “Le terme hip-hop désigne la culture qui englobe le break-dance, la danse freestyle, l’art des graffitis, le style vestimentaire, le langage argotique ou celui de la rue, le look B.boy et B.girl et le rap, c’est la tchatche rappin (parler en rimes et en rythme), sa musique et ses disques”.

Nous nous intéresserons ici au versant proprement musical du hip-hop : le rap. Né dans les années soixante-dix, il ne trouvera son véritable essor qu’au milieu des années quatre vingt. Inspiré à l’origine par l’idéologie de Bambaataa, le rap est une musique qui prône, du moins au départ, la non violence et la tolérance. Le rap dénonce les injustices que subissent les jeunes des ghettos (essentiellement des ghettos noirs) et parle de la vie quotidienne de ces derniers, ce qui contribuera grandement à son succès.
Le discours véhiculé par le rap n’est, à proprement parler, pas un discours politique dans le sens ou il ne se rattache pas précisément à une idéologie, à une lutte politique précise comme ce fut le cas de la musique noire des années soixante et soixante-dix. Il a cependant une importance sociale considérable en tant que mode d’expression quasi-exclusif des classes sociales les plus défavorisées.
En outre, les rapeurs des années quatre-vingt sont les enfants des noirs qui ont lutté contre la ségrégation et on retrouve donc logiquement dans leur musique et dans leurs textes des éléments empruntés à la fois aux idéaux pacifiques de Martin Luther King et révolutionnaires de Malcolm X et des Black Panthers.

Dans les années quatre-vingt il existe un véritable fossé entre la musique noire dite commerciale et le rap, la musique des ghettos, tant musicalement qu’en terme de discours.
A titre d’exemple, en 1987, un groupe nommé Boogie Down Productions publie un album intitulé By All Means Necessary (par tout les moyens nécessaires). Outre son titre, référence explicite à un discours de Malcolm X, ce disque est un véritable brûlot, un pamphlet musical contre la société américaine de l’époque. Le rapeur Krs One y dresse le portrait au vitriol d’une Amérique raciste gangrenée par la drogue, la violence et la corruption. Le morceau Illegal Business illustre fort bien ce propos. Krs One raconte l’histoire d’un dealer de crack (sans doute la drogue la plus nocive qui soit) qui vend devant les écoles et qui se fait approcher par des policiers. Ces derniers lui proposent un marché : pour continuer son trafic librement il doit les payer. Krs One qui se définit « modestement » comme un professeur, un philosophe, dépeint la vie sordide et violente des quartiers pauvres ou la loi n’a semble-t-il pas sa place.

The police department is like a crew. It does whatever it wants to do.”

“La police est comme un crew (mot d’argot désignant un groupe de jeunes) elle fait exactement ce qu’elle veut.”

Le propos de Krs One n’est cependant pas un discours révolutionnaire, le rapeur précise que l’amérique est un bel endroit pour vivre mais qu’il ne faut pas se voiler la face sur les problèmes qui la rongent (“don’t get me wrong america is a great place to live but listen to the knowledge I give”).
Sur le même album, dans la chanson Stop the violence, il critique l’attitude des artistes noirs qui se préoccupent de l’Afrique (référence au projet USA for Africa, des artistes célèbres, essentiellement des noirs, qui ont enregistré en 1985 un album pour venir en aide aux populations pauvres d’Afrique) mais pas de leurs propres concitoyens.
C’est à cette période que la fonction de dénonciation du rap s’affirme. Le rap est là pour parler de la réalité sans en cacher les aspects douloureux.

Un des groupes de rap les plus célèbre, si ce n’est le plus célèbre des années quatre-vingt et quatre-vingt dix est Public Enemy. Très engagé socialement ce groupe critique ouvertement la politique de “ghettoïsation” du gouvernement américain. Leur plus important succès commercial est une chanson intitulée Fight the power (combat le pouvoir). Le groupe y prône la désobéissance civile et s’inspire des thèmes de la révolution noire et du discours de Malcolm X et des Black Panthers en y ajoutant une touche d’anarchisme.

Un autre de leur succès , 911 is a joke (911 est une blague) décrit l’injustice quotidienne que subissent les habitants des quartiers défavorisés en se basant sur un exemple précis. Le 911 est le numéro d’appel d’urgence aux États-Unis équivalent du 18 du 15 et du 17 réunis en France. Dans ce morceau les rapeurs de Public Enemy affirment que appeler ce numéro d’urgence quand on habite un quartier pauvre est complètement inutile parce que les secours ne viendront pas ou alors très tardivement (“911 wears the late crown” / “le 911 sont les rois du retard”).
Selon eux toute une partie de la population est complètement délaissée par les autorités gouvernementales. C’est cet état d’abandon qu’ils tentent de décrire en prenant les urgences comme exemple. Pour résumer leur discours, les noirs des quartiers pauvres peuvent mourir dans leur quartier dans l’indifférence générale de la société américaine. Bien que caricatural et simpliste leur propos exprime cependant une certaine vérité. Même si en pratique les ambulances pénètrent quand même dans les ghettos il n’en est pas moins vrai que la population de ces quartiers a le sentiment, bien réel lui, d’être laissée pour compte ce que les taux de mortalité de ces quartiers tendent à prouver.

A cette époque, que de nombreux auteurs et critiques n’hésitent pas à appeler l’âge d’or du hip-hop, le rap est réellement un moyen d’expression important pour la frange la plus modeste de la communauté noire américain.

Au départ destiné à un public restreint, le rap rencontre un succès croissant. Les années quatre-vingt dix sont marquées à la fois par les premières réussites commerciales de rapeurs et par le début de l’appauvrissement musical et thématique de ce mouvement musical qui semble concomitant de son succès.

- A suivre dans l’épisode 2 : Les années 90, entre enrichissement matériel et appauvrissement thématique

Voir aussi :

- Discours politique & Black Music : Le cas Michael Jackson


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