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Montaigne, « Des cannibales », Essais, Livre I, chapitre 31, (extrait : orthographe modernisée)

dimanche 12 avril 2020, par Corinne Godmer impression

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Pendant cette période de confinement, en particulier pour les élèves de lycée, nous avons décidé de publier à un rythme plus soutenu plusieurs analyses de texte.

Pour une proposition d’analyse concernant ce texte de Montaigne, c’est sur cette page.


La découverte du Nouveau Monde en 1492 et celle de populations jusque-là ignorées donnent l’occasion à Montaigne de s’interroger sur le sens du mot « barbare ».

Or je trouve, pour revenir à mon propos, qu’il n’y a rien de barbare et de sauvage en cette nation, à ce qu’on m’en a rapporté ; sinon que, chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage ; comme de vrai, il semble que nous n’avons d’autre mire (instrument de réglage optique, ici « critère ») de la vérité et de la raison que l’exemple et l’idée des opinions et usances (usages) du pays où nous sommes. Là est toujours la parfaite religion, la parfaite police (institution, forme de gouvernement), parfait et accompli usage de toutes choses. Ils sont sauvages de même que nous appelons sauvages les fruits que nature, de soi et de son progrès ordinaire, a produits : là où, à la vérité, ce sont ceux que nous avons altérés par notre artifice ( technique), et détournés de l’ordre commun, que nous devrions plutôt appeler sauvages. En ceux là sont vives et vigoureuses les vraies et plus utiles et naturelles vertus et propriétés, lesquelles nous avons abâtardies (corrompues, détériorées) en ceux-cy, et les avons seulement accommodées au plaisir de notre goût corrompu. Et si pourtant (« Si » a le sens de « pourtant » : il y a redoublement du sens), la saveur même et délicatesse se trouve à notre goût excellente, à l’envi des nôtres (capables de concurrencer les nôtres), en divers fruits de ces contrées là sans culture. Ce n’est pas raison (Il n’y a pas de raison pour que…) que l’art gagne le point d’honneur sur notre grande et puissante mère Nature. Nous avons tant rechargé la beauté et richesse de ses ouvrages par nos inventions, que nous l’avons du tout étouffée. Si est-ce que (Pourtant), partout où sa pureté reluit, elle fait merveilleuse honte à nos vaines et frivoles entreprises

"Or je trouve, pour revenir à mon propos, qu’il n’y a rien de barbare et de sauvage en cette nation, à ce qu’on m’en a rapporté, sinon que chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage ; comme de vrai, il semble que nous n’avons autre mire de la vérité et de la raison que l’exemple et idée des opinions et usages du pays où nous sommes ». Pour revenir à ce que je disais, je pense que cette nation, d’après les propos qui m’ont été rapportés, n’est ni sauvage ni barbare. Chacun appelle barbare ce qui ne correspond pas à ses coutumes. En fait, nous n’avons d’autre optique, d’autre vision que les coutumes de notre propre pays et nous considérons nos opinions et usages comme les seules vrais et raisonnables.

"Là est toujours la parfaite religion, la parfaite police, parfait et accompli usage de toutes choses". Dans notre monde, nous considérons toujours que tout est parfait : religion, société (police), toutes choses en fait, toujours parfaitement accompli dans la plus pure tradition.

"Ils sont sauvages, de même que nous appelons sauvages les fruits que nature, de soi et de son progrès ordinaire, a produits : là où, à la vérité, ce sont ceux que nous avons altérés par notre artifice et détournés de l’ordre commun, que nous devrions appeler plutôt sauvages". Eux, ces hommes qui viennent d’être découverts, sont sauvages mais comme le sont les fruits de la nature, fruits que la nature a produits parce qu’elle se renouvelle. En vérité, ce sont les fruits que nous avons abîmés par notre civilisation, parce que nous les avons détournés de leur croissance naturelle, que nous devrions appeler sauvages.

"En ceux-là sont vives et vigoureuses les vraies et plus utiles et naturelles vertus et propriétés, lesquelles nous avons abâtardies en ceux-ci, et les avons seulement accommodées au plaisir de notre goût corrompu". Dans ces fruits, dans cette culture, se trouve la véritable vertu et le naturel, que nous avons abimé chez ces fruits, pour les mettre à notre goût, corrompu.

"Et si pourtant, la saveur même et délicatesse se trouve à notre goût excellente, à l’envi des nôtres, en divers fruits de ces contrées à sans culture". Leurs fruits nous semblent excellents, plus que les nôtres, alors qu’ils viennent de ces régions, de ces pays que nous considérons comme sans culture.

"Ce n’est pas raison que l’art gagne le point d’honneur sur notre grande et puissante mère Nature". Il n’y a pas de raison pour que l’art, la culture, soient supérieures à la Nature, grande et puissante mère (qui nourrit et qui protège).

"Nous avons tant rechargé la beauté et richesse de ses ouvrages par nos inventions que nous l’avons du tout étouffée. Si est-ce que, partout où sa pureté reluit, elle fait une merveilleuse honte à nos vaines et frivoles entreprises". Nous avons tellement transformé la beauté et la richesse de la nature par nos inventions que nous avons étouffé la nature. Pourtant, partout où elle reste elle-même (naturelle), elle fait honte à l’homme et rend nos inventions, nos entreprises, inutiles.


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