Dans un train en partance de Saint-Lazare, endormie comme un dimanche matin où l’on doit se lever pour un de ces rituels familiaux, nostalgique, douceureusement embué, comme intemporel, loin de la semaine trépidante.

Le paysage défile depuis quelques gares déjà, Asnière, Bécon-les-Bruyères, quand une voix tournée vers l’univers me tire de ma torpeur. Mon coeur s’en ressent, mon corps se tend : des paroles comme psalmodiées, des paroles vers l’absolu, comme nées d’une transe et d’une pensée qui aurait rejoint la vibration ultime des êtres de cette Terre.

Des paroles confuses : mon esprit intrigué et hypnotisé subit la sensation de vivre une expérience mystique, une révélation. Mais que dit cette femme drôlement habillée ? Elle évoque les arbres,elle évoque les sons, elle répète et répète encore les mêmes mots, d’une voix qui paraît lire un poème déjà écrit. Un poème d’espoir, un peu de mélancolie car s’enivrer de l’espace de la nature c’est savoir aussi que cet espace souffre. Je la regarde, cette femme, non, pas de livre, pas de papier, peut-être seulement sa mémoire ?

Je reste dans l’incertitude, dehors les villes ont laissé arbres, buissons et herbes hautes s’installer. Et la voix se fait mélodie, un air indéfinissable relaie la force des paroles. Je veux les noter, ces paroles, mais je n’ai rien sur moi, je ne sais même plus si je les entends ou alors si portée par l’amorce mystique, je ne forme pas moi-même mon propre chant, un souffle imperceptible, difficile à faire exister dans le conscient.
Je voudrais que ce bercement ne cesse jamais,que l’élévation persiste. Mais la femme, avant moi, se lève et descend du train, en laissant s’effilocher derrière elle les dernières bribes d’une puissance spirituelle qui appelle les larmes de la compréhension.

Voici un extrait des mots qui , non pas me restent, car ce ne sont pas les siens, mais qui surgissent à moi si je repense à cet instant.

"Arbres vous êtes
Arbres vous fûtes.
Le souffle existe par la bouche qui souhaite
L’air est celui qui décide du sens de la vie,
La vie est ce qui sans cesse vibre,
contre nous, pour nous, avec nous.
Ce qui berce s’envole, les feuilles ont tourné les yeux
Vers l’horizon et ont décrété la venue de la lumière.
La lumière s’affirme dans un cri, brutale, sauvage, salvatrice.
Elle charrie dans son tumulte
l’espoir."
Aujourd’hui encore, le sursaut m’est venu lorsqu’une femme a prononcé, parmi des invectives et des insultes : " J’ai une flamme sur la tête pour que je souffre autant". La souffrance, oui, exprimée si directement avec une image si lucide...


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Auteur : Claire Mélanie
Voici un espace d'expression plus personnelle. Vous y trouverez quelques textes, quelques photos, des impressions. Des instantanés, des atmosphères, des humeurs, des remarques, le tout sans restriction d'objet : d'un film à la poste, d'un jeu vidéo à la feuille déchue. Bonne lecture !
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