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Discours politique & Black Music : Le cas Michael Jackson

jeudi 16 juillet 2009, par Jamie Nevermind impression

Mots-clefs :: Musique ::

A l’occasion de la mort de Michael Jackson et dans le cadre de notre dossier sur le discours politique dans la musique, je vous propose ici d’envisager l’œuvre du génial M.J au travers du prisme des thématiques politiques et sociales.


L’avènement du "King of pop" s’inscrit dans un contexte très particulier, unique dans l’histoire de l’industrie musicale.
Les années quatre-vingt sont marquées par la mondialisation de la musique à travers ses moyens de diffusion et de distribution.
Les grands succès de la musique américaine sont désormais plus que jamais des succès mondiaux. Pour les artistes le seul enjeu n’est plus uniquement le marché américain et le discours véhiculé par leur musique s’adapte progressivement pour que les auditeurs du monde entier s’y reconnaissent.

La décennie quatre-vingt est également celle qui voit les premiers succès internationaux d’artistes noirs. Les trois plus importants succès commerciaux de cette période sont ceux de jeunes artistes, Madonna, Michael Jackson et Prince. Deux de ces artistes sont noirs et il est intéressant de constater que, à la différence des chanteurs noirs des années soixante-dix, leur succès est lié à une forme d’ “a-racialisation”, de leur discours, à un éloignement des problématiques sociales et politiques qui furent celles de leurs aînés.

Michael Jackson est un exemple type de ce phénomène. Depuis le début de sa carrière à la fin des années soixante avec le groupe constitué de ses frères, les Jackson 5, il est ce que les américains appellent un entertainer, “un divertisseur”.

Par définition il est n’est pas là pour faire réfléchir son auditoire mais uniquement pour le divertir. Avec ses frères, puis plus tard en solitaire, ses chansons n’évoquent jamais la situation des noirs en Amérique ni aucune autre problématique sociale.

Son sujet de prédilection est l’amour, valeur universelle si il en est.
Il évoque tellement peu sa condition de noir que dans les années quatre-vingt son public est en majeure partie constitué de blancs. C’est une grande nouveauté dans l’industrie musicale américaine qui était jusque là réputée cloisonnée d’un point de vue racial. Les blancs écoutaient de la “musique de blancs” et les noirs de la “musique de noirs".
Michael Jackson n’est sûrement pas le premier artiste noir apprécié par des auditeurs blancs mais il est indiscutablement le premier a être adopté de façon aussi massive par cette communauté.

Paru en 1982 son album, Thriller, s’écoule à plus de 10 millions d’exemplaires dans le monde la première année qui suit sa sortie (plus de 70 millions à l’heure actuelle). C’est encore à ce jour le plus important succès discographique de l’histoire.

Produit et partiellement composé par Quincy Jones, un musicien et compositeur de jazz reconnu, ce disque s’éloigne des ambiances funk connotées racialement de Off The Wall (son disque précédent) pour s’orienter vers ce qu’il est coutume d’appeler la musique pop.

Diffusé sur la chaîne musicale Mtv et sur toutes les radios (y compris celles habituellement écoutées par les blancs), cet album fait passer en une année son interprète du rang de star de la musique noire à celui de superstar internationale. Michael Jackson est alors célèbre jusqu’en Asie et en Afrique dont le marché est réputé hermétique à la musique occidentale. Il est difficile d’affirmer si il s’agissait d’une volonté consciente des auteurs ou de l’interprète lui même, mais force est de constater qu’à l’écoute de ce disque il est presque impossible de déterminer la race du chanteur. Le discours est dépouillé au possible de toute référence politique, sociale et raciale.

Au cours de sa carrière, Jackson aborde tout de même certains sujets qui peuvent être considérés comme politiques comme l’écologie et la misère en Afrique (dans We are the World / Nous sommes le monde en 1985 et Heal the World / Guérir le monde en 1991).

Premier single de l’album Dangerous, le morceau Black Or White permet enfin d’entendre M.J sur le thème du racisme. Il y affirme que “ça n’a pas d’importance si on est noir ou blanc” (“It don’t matter if you’re black or white”).
Ironiquement, à l’époque de Black or White, Jackson est lui même devenu blanc - gris/taupe pour être exact - à la suite, selon lui, d’une maladie de peau rarissime (le vitiligo) ou, selon ses détracteurs, d’opérations de chirurgie esthétique répétées.

Cette chanson lui vaudra la défection d’une grande partie de son public noir qui, confronté à une injustice raciale persistante, ne peut décemment adhérer à ce discours. Contrairement au texte de M.J, la vie n’est pas la même aux États-Unis quand on est noir ou blanc dans les années quatre-vingt-dix.

Cette période est donc en demi-teinte. Certains artistes noirs accèdent pour la première fois de l’histoire aux sommets des hit-parades, en partie grâce au chemin tracé par Michael Jackson, et deviennent des stars internationales mais pour ce faire ils se coupent de leurs fans d’origine et de leur propre communauté.
Cette communauté, en quête d’une musique qui véhicule un message lui correspondant véritablement, ne tarde pas à reporter son intérêt sur un mouvement musical nouveau aux thématiques plus concrètes et quotidiennes mais également plus violentes : le Rap.


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  • Discours politique & Black Music : Le cas Michael Jackson

    28 novembre 2009 14:25, par Estelle Ziberlin

    Article intéressant s’il en est, dont je retiens la 2ème partie du titre : Le cas Michael Jackson...
    Jusque là, je n’étais pas une fan de l’artiste, juste admirative du danseur et de son extraordinaire sens du rythme, aimant sa musique sans plus...Tout a changé, quand, après sa mort prématurée, je suis allée voir This is it, le film montage de Kenny Ortega sur les dernières répétitions du King of Pop : j’y ai découvert, derrière le perfectionniste passionné, l’homme, déterminé mais humble, préoccupé par les problèmes de la planète (superbe chanson About the earth !), et dont le spectacle, prévu à Londres, n’était sa disparition, aurait été d’une munificence absolue...
    Un grand artiste, un homme attachant, qui m’a touchée comme jamais...

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