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Crépuscule d’automne de Stuart Merrill, Le poème du 24

mercredi 24 novembre 2010, par Claire Mélanie impression

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Pour le retour du poème du 24, le choix s’est porté sur un poème symboliste de Stuart Merrill (1863-1915), poète américain d’expression française." Crépuscule d’automne", publié dans le recueil Les Gammes : Vers (1887) évoque alors, en interpelant les sens du lecteur devenu promeneur, cette atmosphère de fin de saison.
Ci-dessous, un commentaire libre et non exhaustif.


Crépuscule d’automne

Sous le souffle étouffé des vents ensorceleurs
J’entends sourdre sous bois les sanglots et les rêves :
Car voici venir l’heure où dans des lueurs brèves
Les feuilles des forêts entonnent, choeur en pleurs,
L’automnal requiem des soleils et des sèves.

Comme au fond d’une nef qui vient de s’assombrir
L’on ouït des frissons de frêles banderolles,
Et le long des buissons qui perdent leurs corolles
La maladive odeur des fleurs qui vont mourir
S’évapore en remous de subtiles paroles.

Sous la lune allumée au nocturne horizon
L’âme de l’angelus en la brume chantonne :
L’écho tinte au lointain comme un glas monotone
Et l’air rêve aux frimas de la froide saison
A l’heure où meurt l’amour, à l’heure où meurt l’automne !

Première strophe

Le poème s’ouvre sur un mystère sonore et magique ( "étouffé" et "ensorceleurs"). Si le titre n’était Crépuscule d’automne, le lecteur pourrait penser que le poète se livre à une description de son art. Le vocabulaire employé est celui du lyrisme : le souffle, de la voix, de l’âme (anima signifiant d’ailleurs en latin à la fois le souffle, l’âme et le principe de vie), la puissance magique de ce souffle tel qu’il a pû être symbolisé par Orphée.

Le bois se dessine comme le lieu du lyrisme, comme évocation d’une douleur et d’un espoir, une fois encore à l’image d’Orphée parcourant les bois avec sa lyre et émouvant du chant de son amour perdu, les arbres et les rochers.

Il est également intéressant de noter comment le son acquiert une dimension matérielle, palpable, à travers le mot "sourdre" associé au terme "sanglots". C’est un son liquide, renvoyant à la mélancolie de l’eau : évocation symbolique de l’écoulement de l’eau sous le cadavre d’Ophélie [1] ?

Les vers suivants font alors se mêler l’isotopie de l’écoulement, de la lumière et du chant. L’écoulement est à la fois celui du temps et des larmes ("voici venir l’heure", "requiem des soleils et des sèves").

Dans une anthropomorphisation de la nature, particulièrement de la forêt, initiée dès l’expression "vents ensorceleurs", le souffle est devenu chant, un choeur, un requiem, les sanglots sont devenus pleurs.
L’automne se dessine ainsi comme un moment d’art, l’expression de la douleur et d’une finitude ont créé une musique splendide.

Deuxième strophe

Le thème de la mort se fait plus explicite et s’il restait quelques lueurs à la strophe précédente, c’est maintenant le noir et le fâné qui se déploient.

Vocabulaire de la perte de vie et du funèbre :
- s’assombrir
- frissons
- frêles
- perdent leurs corolles
- maladive
- mourir
- s’évapore
- subtil (fin, fragile)

Cette strophe présente l’automne comme un processus, une avancée, une progression de la vie vers la perte de vie, qui plus est une procession ou une cérémonie religieuse (cf "la nef"). Les éléments de la nature, toujours animés semblent parcourir leur dernier chemin, accompagnés du requiem de la strophe précédente. Cette perte de vie est là pour ceux qui la comprennent et ceux qui écoutent (cf "subtiles paroles", avec la polysémie de l’adjectif subtile).

Cette strophe conserve, de façon tenue, un lieu à l’élément liquide : polysémie du terme "nef" qui désigne aussi un bateau, une barque. Le vers tout entier se construit sur des sonorités ambigues, nous ramenant au sens marin. La nef s’assombrit : n’entendons-nous pas la nef sombre ? A la fois coule et devient obscure ?
Egalement, le terme "remous" pour évoquer l’eau.

Troisième strophe

Toujours, la présence d’un automne vécu par le son et une luminosité particulière. L’atmosphère oscille entre l’évocation de la lumière et de la nuit (antithèse entre "lune allumée" et "nocturne horizon"). Finalement la demi-teinte semble prévaloir, celle de la brume, entre le blanc et le gris, l’opaque et l’humide.
A nouveau reprend l’évocation musicale et anthropomorphisée, un jeu de sonorité oscillant lui aussi entre la lumière, la joie, la légèreté et la pesanteur et le lugubre :
- "l’âme de l’angélus chantonne" (légèreté et évocation de l’Annonciation)
- écho tinte
- "glas monotone" (pesanteur et lugubre)

Enfin, cette procession est et n’est pas la mort.

- Dans une nouvelle polysémie, l’air, à savoir le vent mais aussi le chant, est porté par l’attente d’un renouveau, d’un dépassement de l’entre-deux pour atteindre la franchise du froid déclaré : "rêve aux frimas de la froide saison".

- Mais l’automne lui, est bien en train de mourir, dans un effet de répétition finale (cf "à l’heure où meurt"), mimant la monotonie du glas : l’automne meurt et avec lui les dernières traces de la sensualité de l’été - celle de la sève, des fleurs, des corolles.

Notes

[1Personnage de fiction dans Hamlet de Shakespeare, ayant inspiré notamment le tableau du préraphaélite Sir John Everett Millais ou encore un poème de Rimbaud


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