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Collaboration au Théâtre de la Madeleine

mardi 26 mars 2013, par Claire Mélanie, Lucien impression

Mots-clefs :: La Revue du 24 :: Théâtre ::

Se joue actuellement au théâtre de la Madeleine, la pièce Collaboration de Ronald Hardwood, sur une traduction de Dominique Hollier, une mise en scène de Geroges Werler, avec Michel Aumont, Didier Sandre, Christiane Cohendy, Stéphanie Pasquet, Patrick Payet, Eric Verdin, Armand Eloi. Les décors sont d’Agostino Pace, les lumières de Jacques Puisais, les costumes de Pascale Bordet et la conception sonore de Jean-Pierre Prevost.


Collaboration, titre de la pièce de Ronald Harwood, est à prendre en deux sens : le sens positif, de travail en commun, le sens négatif de participation au régime nazi.
C’est cela, la pièce, un balancement entre la présentation du travail de Strauss et Zweig, avec le développement d’une réelle amitié ; et une réflexion sur la culpabilité d’avoir été allemand à l’époque du nazisme.

Sur une période de plusieurs années, nous suivons, tout en progression, à la fois l’amitié entre les deux hommes et la montée du nazisme. Chaque tableau se trouve découpé, dans une suggestion pertinente, par le passage d’un rideau noir, sur lequel viennent s’inscrire les dates, trop connues, de cette époque. Et l’on entend en même temps des sons symboliques : musique ou bruit de bottes.

On ne peut que saluer, et nous ne sommes pas les premiers à le faire bien sûr, les performances de Michel Aumont et Didier Sandre, l’un, un Richard Strauss pesant, un peu égocentrique, insouciant mais plein d’énergie, l’autre Stefan Zweig, plus léger, confus, complexé, à la conscience aiguë et à la profondeur certaine. Les autres personnages ne sont pas en reste ; plus ou moins présent, chaque acteur a su investir son rôle : de la femme de Strauss à la secrétaire de Zweig – qui offre une scène touchante et vraie lorsqu’elle fait le récit d’une agression dans les rues de Vienne ; de l’officier nazi au directeur d’opéra.
La pièce parvient ainsi à trouver une efficacité, un rythme grâce aux jeux des comédiens et à une mise en scène précise.

S’il y avait quelques nuances à apporter, ce serait du côté du texte lui-même. Incontestablement, il est bien écrit – et bien traduit. Incontestablement, la succession de vignettes évocatrices, l’histoire de quelques individus pour tracer une fresque plus vaste du devenir sous le nazisme, fonctionne. Incontestablement, le parti-pris, qui veut qu’on tente d’expliquer la connivence apparente entre un artiste et un tel régime permet d’éviter le manichéisme.
Toutefois, si le spectateur suit avec intérêt la démonstration portée par la pièce, Strauss ne se serait jamais – en fait – corrompu avec le nazisme, c’est ce parti-pris qui aurait demandé plus de nuances, ou ce postulat qu’il aurait fallu approfondir. On voit en effet un Strauss qui se dit mourant s’il ne crée pas : la destinée individuelle, ce besoin de créer pour exister doit-il toutefois excuser qu’on accepte d’être joué à Berlin ? On montre certes une résistance, une insolence continue de Strauss face au régime, les menaces qui pèsent sur lui et sa famille. C’est, il est vrai, une manière comme une autre d’amener à réflexion.

Et puis, la longueur du texte interpelle, de même que la scène finale, trop appuyée. Il y avait pourtant une scène forte, nuancée et qui laissait le spectateur libre de poursuivre par lui-même le cheminement, cette scène où Zweig dit à Strauss qu’il ne peut plus ; il ne peut plus collaborer avec lui, il ne peut plus rester à Vienne, il ne peut plus. Et le personnage de Zweig se trouve peu à peu séparé sur scène du personnage de Strauss par ce rideau noir qui vient s’intercaler. Derrière, Strauss n’est plus qu’un spectre mais devant, désespéré, Zweig, livide, aimerait tant avoir gardé l’espoir. C’est là que la pièce aurait pu se finir, sur cette intensité. La suite parvient à maintenir le rythme, mais frôle toutefois la redondance.

Au final, une pièce de qualité, qualité en particulier sublimée par les acteurs et la mise en scène.

Pour en savoir plus :

- Site du théâtre de la Madeleine

- Photo : Bernard Richebé


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