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Can Candan, figure turque de l’engagement artistique

samedi 19 avril 2014, par Laëtitia T. impression

Mots-clefs :: Cinéma :: Société ::

Lors de la projection du documentaire Mon enfant - Benim Çocuğum, à Paris, le 11 avril 2014 au cinémaLes trois Luxembourg, Can Candan a répondu aux questions du public pour expliquer son projet des plus saisissants.


Comment vous est venue l’idée ?

C’était par pure coïncidence. Avant l’année 2010, je n’étais pas au courant qu’une telle association existait. En 2010, les membres de LISTAG ont réalisé une conférence à l’université de Bogazici.
L’intitulé était : Identité trans et queer en Turquie.
Les familles de LISTAG étaient invitées, le sujet m’a intéressé et j’y suis allé. J’ai toujours pris position en faveur des droits de l’homme, c’est pour cette raison que j’y ai assisté. Ce qui était nouveau pour moi, c’était de voir les familles qui prenaient parole dans ce combat. Lors de ce séminaire, quand elles ont raconté leurs histoires, je me suis rendu compte que ces récits me touchaient donc j’étais assis à écouter et je pleurais en permanence. En même temps, je cogitais, je me demandais pourquoi ces narrations avaient autant d’impact sur moi. La réponse que je me suis donné, c’était que toutes ces histoires m’ont ramené à ma propre enfance, à la relation parents/enfants que l’on connait tous très bien. En somme, nous luttons tous pour créer notre propre identité face à nos parents à qui ont été inculqués les codes de la société. En tant qu’enfant adulte ou adulte enfant, j’ai été touché par ces faits. J’étais assis dans la salle en tant que papa également. Finalement, toute cette cogitation m’a amené à me demander quel sorte de parent je suis, quelles sont mes attentes vis-à-vis de mon enfant. Il y avait un aspect personnel et intellectuel dans ces interrogations qui me venaient.

Je vivais en Turquie, un pays où les LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels, transsexuels) sont victimes de violence, se font tuer... Ainsi, voir des parents qui, en public, défendent cette cause, cela avait un sens très politique à mes yeux. Ces histoires étaient des histoires de lutte très importantes et un maximum de personnes devaient les entendre, il fallait que plus de gens les sachent. Dans cette salle, en quatre-vingt-dix minutes, j’avais décidé de faire un film. C’était la première fois qu’une décision aussi impulsive et forte m’arrivait. Ce que je projetais de faire n’était pas une fiction, mais un documentaire, donc les intéressés étaient en face de moi. Je suis allé les rencontrer, je me suis présenté, j’ai dit que j’étais professeur à l’université de Bogazici et que ça m’intéresserait de faire un documentaire sur leurs histoires. Je leur ai demandé s’ils seraient d’accord. Leur réponse était surprenante : ils ont dit « C’était ce qu’on attendait ! ». C’est la première fois que j’entendais une réaction comme ça ! En fait, en 2008, les membres de LISTAG étaient partis en Italie, rencontrer d’autres parents LGBT, ils avaient visionné un film italien sur la lutte de ces parents, ça les avait impressionnés. En regardant le documentaire, ils se sont dit « C’est fort, magnifique, le documentaire est un moyen d’expression direct, on aimerait bien que notre expérience soit filmée et qu’elle soit diffusée dans des salles ». Notre collaboration a donc commencé en octobre 2010, on a fait le film, et depuis seize mois, on le montre dans les salles en présence des parents.

Y a-t-il eu des avancées dans la législation à ce sujet ?

LISTAG est en pourparler avec le parlement depuis un certain temps
néanmoins les réunions sont à huis-clos. Malheureusement, il n’y a pas d’avancée législative pour l’égalité des droits. Malheureusement encore, dans l’atmosphère politique actuelle, il est peu probable qu’il y en ait. Toutefois, chaque année, lors des Gay Pride, il y a une explosion du nombre de manifestants. En 2012, à Istanbul, 15 000 personnes ont assisté à cette marche, puis 45 000 en 2013. Il y a également eu des candidats LGBT pour la première fois lors des dernières élections.

Plus on obtient de visibilité, plus on voit qu’il y a des changements des décisions de justice. Avant, quand une femme transsexuelle était assassinée, le discours de l’avocat aurait été : "C’était une insulte contre la masculinité du tueur". Il s’agissait d’une circonstance atténuante. Aujourd’hui, on constate que de plus en plus de juges refusent ce genre d’argument. Mais bien sûr les meurtres persistent.

Le BDP est le parti kurde qui s’intéresse le plus au sujet. Néanmoins,
le CHP (le parti d’opposition) a également pris ce film et l’a montré au parlement.

En résumé, il n’y a pas véritablement d’avancée législative, mais une lueur d’espoir dans les mentalités, même si la route est longue.

Le film a-t-il été projeté lors de festivals ?

La première du film s’est déroulée le 19 février dans une salle mythique d’Istanbul, la salle Atlas. Il y avait 500 sièges et 700 personnes pour le voir. La semaine qui suivait, il a été diffusé au festival du film indépendant d’Istanbul, au  !f Festival. L’autre festival du film d’Istanbul, plus "sérieux", a refusé de le montrer parce qu’il était déjà diffusé dans celui d’ !f. (NDLR : une personne du public intervient en spécifiant que Nymphomaniac a été projeté dans ces deux festivals et qu’il s’agit ainsi d’une excuse incohérente). Au total il y avait trois projections prévues lors du !f festival, et avant le début de celui-ci, tous les billets étaient déjà vendus. Il y a eu 900 spectateurs qui l’ont visionné au cours de cet événement. Outre cela, il est programmé dans d’autres festivals pour les jours qui viennent : le Festival international du film de la classe ouvrière le 1er mai, ou encore au New York Turkish Film Festival le 18 mai. Il a été montré à Ankara, la capitale, mais aussi dans d’autres villes de Turquie et d’Europe. En seize mois, il y a eu cent trente projections. Au total cela a réuni 20 000 spectateurs.

Qui sont les spectateurs ?

Il est difficile de savoir. De toute évidence, le premier public était
essentiellement le réseau LGBT, mais c’était plus varié. Juste avant la première projection réalisée lors du festival du film alternatif,
on a fait une campagne au niveau des médias, dans les journaux grand public. Une chroniqueuse à la mode, Aicha Armane, en a parlé
et a fait des interviews. Comme elle est connue, il doit y avoir des gens qui en ont entendu parler par ce biais. Le journal Radikal, qui a découvert qu’elle allait traiter ce sujet, a mis cela en couverture avant qu’elle ne publie. Grâce à la presse, le public s’est diversifié. Il n’y a eu aucun problème à trouver des spectateurs, mais plutôt pour parvenir à diffuser le documentaire. De nombreuses salles étaient réticentes. Les chaînes de la télévision turques sont très conservatrices et ne semblent pas vouloir diffuser ce documentaire. La seule proposition que l’on nous ait faite était de la part d’une chaine bosnienne. L’équipe et moi aimerions en parler encore davantage. Plus on en parle, plus cela aura des résonances auprès de la télévision turque qui pourra éventuellement s’y intéresser. En tous les cas, le DVD est sorti en décembre 2013 et le film est visible aussi sur internet.

Sa biographie

Lire le compte-rendu du documentaire

Crédits photo : site turc


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