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Avril de Gérard de Nerval - le poème du 24

Le poème du 24

mardi 24 mars 2009, par Claire Mélanie impression

Mots-clefs :: La Revue du 24 :: Poésie ::

Pour ce poème du 24 mars, un exercice un peu différent des autres fois. D’abord, un poème de circonstance, sur l’arrivée du printemps mais un article qui sera aussi une critique en plus d’un commentaire. Le but : ne pas donner l’impression que tout est formidable en poésie, qu’un nom (re)connu suffit à faire le reste. Oui, vous avez le droit de ne pas aimer des textes des grands noms et oui, parfois, comme les films, les poèmes se datent. Parti-pris donc pour ce poème du 24.


 Avril

Déjà les beaux jours, - la poussière,
Un ciel d’azur et de lumière,
Les murs enflammés, les longs soirs ; -
Et rien de vert : - à peine encore
Un reflet rougeâtre décore
Les grands arbres aux rameaux noirs !

Ce beau temps me pèse et m’ennuie.
- Ce n’est qu’après des jours de pluie
Que doit surgir, en un tableau,
Le printemps verdissant et rose,
Comme une nymphe fraîche éclose
Qui, souriante, sort de l’eau.

Gérard de Nerval (1808-1855)

Si le premier sizain est plaisant, le second semble plat et connoté (pour ne pas dire niais et sans rythme). La question : est-ce fait exprès ?

 Premier sizain

Le premier sizain se présente comme une énumération des signes du beau temps, du printemps. Cependant cette première partie se compose elle aussi de deux parties : l’affirmation a priori franche du beau temps puis une évocation plus nuancée, qui fait de ce mois d’avril, le mois du transitoire, du passage, de l’entre-deux voire du paradoxal.

Isotopie renvoyant à la notion initiale de "beaux jours" :

- "la poussière" qui est une façon implicite, indirecte de renvoyer à la chaleur, au soleil par opposition à l’humidité hivernale.
- "ciel d’azur et de lumière" : la notion de beaux jours s’incarnent, de façon traditionnelle dans l’absence de nuages et de ciel gris. C’est le limpide.

- "les murs enflammés" : dans une tournure imagée (renvoyant à un aspect métaphorique, hyperbolique comme à la figure de style du zeugme) le poète évoque la sensation de l’été.

Cette évocation de l’été est prolongée par "les longs soirs", renvoyant le lecteur à l’expression "les longs soirs d’été".

Si la seconde partie de ce premier sizain se construit autour de l’ambiguité (ce "et" qui peut se lire comme un "mais"), cette première énumération travaille d’emblée le mythe du printemps et les images traditionnelles associées à cette saison (le renouveau, la fraicheur ensoleillée). Le printemps se présente plutôt comme une chaleur pas forcément si laudative que cela.

La seconde partie du premier sizain vient prolonger la remise en cause des images traditionnelles des poésies printanières.

C’est cette contradiction, présentée dans une sorte de litote grammaticale (le "et" sous-entendant un "mais", non plus seulement coordination simple mais opposition) qui finit le sizain : Et rien de vert". La suite insiste sur ce "rien" en le développant dans un jeu d’opposition des couleurs : " un reflet rougeâtre".

On peut également noter les termes qui viennent atténuer cette idée de renouveau floral : "à peine", "reflet", "rougeâtre" et non rouge. La couleur apparaît, mais si peu et de manière encore non franche.

Les "rameaux noirs" qui finissent la strophe renvoient d’ailleurs le lecteur à une atmosphère lugubre, de deuil, de mort plutôt qu’à l’atmosphère de joie et de renouveau.

Un premier sizain intéressant donc.

 Second sizain

Le point d’exclamation de la fin du premier sizain annonce l’implication du je poétique dans le texte, point d’exclamation comme l’expression d’un sentiment.

L’inscription de l’élocuteur se fait alors plus forte, élocuteur qui vient critiquer cette notion du beau temps : "me pèse et m’ennuie".

C’est là alors que réapparaît l’image traditionnelle du printemps, et c’est celle souhaitée par le poète, ce que l’on pourrait trivialement résumer par des formules populaires "après la pluie le beau temps". cette référence aux dictons ne nous semble pourtant pas déplacée dans la mesure où c’est avec eux que semble jouer le poème.

Eléments du topos autour du printemps :

"surgir", "verdissant et rose" (fraîcheur, nouveauté, naissance), l’image de la nymphe.

Il est clairement fait référence à l’art dans ce printemps souhaité, notamment par la référence au "tableau".

Cependant, dans ce que nous interprétons comme un jeu - pour une part intéressant - avec les images traditionnelles, le poème échoue, donnant au second sizain un air surfait, déjà fait, et disons-le niais et sans rythme. Une question à se poser : est-ce fait exprès ? Peut-être.

Sur le plan de l’interprétation, l’on pourrait dire que ce que veut le poète, c’est le printemps tel que l’art peut l’offrir et dans un élan toujours mélancolique, le printemps, le vrai, n’est qu’une lourde déception. Pourtant, paradoxalement, c’est dans la mise en scène du printemps réel que le poème est le plus réussi.

Poursuivez votre lecture :

- Baudelaire - A une passante - Commentaire

- Alassio, Emile Cottinet

- Petite perle cristalline, Henri Frédéric Amiel - commentaire

- La Belle Matineuse, Vincent Voiture - commentaire


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