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Après les espoirs et désillusions du 20ème siècle, quelle conception du progrès devons nous chercher à léguer aux générations à venir ?

lundi 29 octobre 2001, par Eclairement impression

Mots-clefs :: Culture générale ::


Enchaînement :

I A la suite des évènements du 20ème siècle, certaines bases de la conception du Progrès issue des Lumières semblent devoir être transmises aux générations futures, mais en donnant les moyens à l’Homme de penser le progrès.

II Au contraire, d’autres éléments de cette conception du Progrès trouvent leurs limites dans l’expérience tirée du 20ème siècle et paraissent inadaptées à notre vision du devenir du monde.

I Le Progrès fait pour les hommes mais par les hommes

La conception du Progrès repose toujours sur une finalité d’amélioration des conditions d’existence individuelle et collective de l’Homme ; mais il s’agit moins d’un progrès inéluctable et auto-réalisateur que d’une avancée pensée et assumée par les hommes.

A. La nécessité de conserver l’optimisme des Lumières dans la perspective de créer un monde meilleur pour tous

1. Garder une vision optimiste du progrès au cœur de la conception à léguer aux générations futures

Le problème : la résurgence à intervalles réguliers, particulièrement au 20ème siècle, de formes de barbarie (Hiroshima, les camps d’extermination) et d’obscurantisme (les sectes) peut conduire à nier l’idée même de progrès et d’élévation de l’homme. De même, la découverte des effets pervers du progrès technique lié à l’industrialisation a nourri des désillusions quant au progrès.

Il faut au contraire continuer à croire qu’un progrès existe pour l’accomplissement de l’homme et ne pas se réfugier dans les dangers du progrès pour éviter l’action ; ce qui permet selon V. Hugo de continuer à lutter contre toute fatalisation de l’injustice et de la servitude.

Peut-on malgré la violence du siècle encore penser que l’homme est indéfiniment perfectible, ce qui est consubstantiel à la conception du progrès héritée des Lumières ? Mais la guerre a aussi pu être source de progrès dans la mesure où elle a été un choc révélateur ayant permis une prise de conscience. Ces évènements qui ont paru remettre en cause les fondements du progrès mais dont on a su tirer les conséquences (devoir de mémoire) permettent de garder confiance dans l’homme pour mener l’humanité vers le mieux.

2. Le but du progrès (doit en effet rester) l’amélioration du sort des hommes

Le progrès n’est pas un but en soi (*Comte : "l’Amour pour principe, l’Ordre pour base, et le Progrès pour but") mais doit être un moyen de parvenir au bonheur, à un monde meilleur. Correspond à la conception des Lumières sur ce point : le progrès permet d’aller vers "le meilleur des mondes" : + de liberté, d’égalité, de bonheur

Il existe toujours un idéal pour l’homme qui recouvre la conception du progrès au 18ème siècle et qui se réalise à travers un certain nombre d’objectifs :

Lutte pour l’instruction, le savoir, dans le but de faire de l’homme le maître de lui-même (émancipation, libération contre toute forme de domination). Exemple : les programmes d’éducation menés dans le monde (Afrique en particulier).

Lutte pour la liberté, contre les inégalités et la démocratie, érigée en modèle. Exemple : l’ONU.

Mais, contrairement à la conception du 18ème, les évènements du 20ème siècle ont démontré que le progrès ( i.e. aller vers le mieux) ne va pas de soi et que les hommes doivent le diriger.

B. Refuser le déterminisme des Lumières et donner aux hommes le choix quant à l’orientation du progrès

1. Refus du déterminisme

Ne pas s’assujettir, dominer et maîtriser (le plus possible) le progrès, car le 20ème siècle a prouvé qu’il ne permettait pas toujours d’arriver au meilleur des mondes. En effet, l’Homme, en développant ses connaissances, a aussi acquis le pouvoir de se détruire lui-même.

Exemple : la domination de la nature a montré ses limites et le progrès a entraîné une certaine destruction de l’environnement. Il s’agit aujourd’hui de contrôler l’emprise de l’homme sur les écosystèmes pour sa survie même.

Le progrès n’est pas forcément bon en soi, mais dépend de l’utilisation que les hommes (ou certains d’entre eux en font).

Dans la conception du progrès, il faut donc introduire la notion de responsabilité.

2. Responsabiliser les hommes

Le 20ème siècle permet de démystifier le progrès dans le sens où ce sont les hommes qui le réalisent par une intervention constante, qui doit aussi être consciente.

Une avancée dans quelque domaine que ce soit ne constitue un véritable progrès que dans la mesure où tous peuvent en tirer avantage, et que cela correspond à un besoin ou une attente dans leur système de valeurs. En conséquence, l’usage qui est fait du progrès doit entrer dans une responsabilité assumée par tous.

Le progrès doit donc impliquer la collectivité en particulier dans le processus décisionnel, où tous doivent avoir la possibilité de faire des choix quant à l’utilisation de nouvelles ressources (économiques, technologiques…) Seul le système démocratique qui suppose le débat public peut permettre aux hommes d’exercer une influence sur leur avenir.

Exemple : les progrès de la médecine et des biotechnologies (bioéthique, clonage)

Il ne faut donc pas tomber toutefois dans le mythe du progrès scientifique (rejet du scientisme), et relativiser la notion de progrès.

II Une conception du progrès qui doit le relativiser

La conception du progrès qui prévalait au siècle des Lumières ne rend pas compte du processus réel d’évolution de nos sociétés dans la conscience des individus de l’époque contemporaine. Pour qu’il ne soit pas source de dérives et qu’il garde un sens, il est donc nécessaire de l’adapter aux réalités et de s’interroger sur son universalité.

A. Le Progrès fragmenté

1. Un progrès non linéaire et non global

Le Progrès est sectoriel : il n’est pas la somme harmonieuse de tous les progrès affectant tel ou tel domaine. Il n’y a pas un Progrès continu, linéaire et totalisant, envahissant tous les secteurs du réel (Condorcet)

mais des progrès concernant telle ou telle forme de l’existence sociale, sans que ceux-ci assurent une continuité d’ensemble du Progrès. Il n’y a pas d’enchaînement automatique de tous les ordres du progrès : la société peut progresser sous tel aspect et régresser ou stagner sous tel autre. La notion de progrès perd donc de son unicité.

Exemple : la dialectique entre croissance et développement (la croissance économique n’implique pas le développement de la société (pays asiatiques : espérance de vie, illettrisme).

2. Le progrès déconnecté de la science

Le mythe du progrès scientifique au 18ème siècle : le progrès est indissociable de l’essor de la science qui en constitue le noyau. On induit des progrès scientifiques et techniques observables la thèse que l’humanité toute entière réalise dans l’histoire tous ses idéaux. On relativise aujourd’hui le progrès scientifique et technique, c’est à dire que les connaissances ne résultent pas d’un processus cumulatif. D’une part certains fondements des connaissances scientifiques sont remis en cause. Exemple : théorie du Big Bang

D’autre part, plus les connaissances progressent, plus l’ignorance est grande. En effet, des questions nouvelles résultent toujours des connaissances acquises et posent de nouveaux défis dans la voie du progrès. Exemple : la compréhension du fonctionnement du cerveau humain. En conséquence, il n’existe pas un progrès scientifique continu objectif ; et les avancées de la science ne conduisent pas nécessairement par un lien de cause à effet un progrès plus global de la civilisation notamment dans les domaines politique et moral.

B. Le progrès n’est pas universalisable sur un mode unique

1. Toutes les civilisations n’ont pas la même conception du progrès

Au 18ème siècle, le progrès constitue une loi d’évolution de l’humanité, une loi objective de l’histoire. Le progrès est universel, puisqu’il s’agit avant tout d’un progrès de la raison, et la raison caractérise tout Homme. Mais la conception du progrès dépend étroitement du système de valeurs des sociétés. Certaines conçoivent l’histoire comme cyclique (la chine) ou se renferment dans la nostalgie d’un âge d’or du passé. (le monde grec)

Le progrès ne doit donc pas se présenter comme un absolu, car il dépend de la conception du temps qui prévaut dans la société.

2. Le progrès doit aller vers le meilleur des mondes pour tous…

… et non seulement pour les occidentaux. Le progrès doit prendre en compte tous les individus de la planète. Lévy-bruhl, anthropologue (« la mentalité primitive ») affirmait qu’il n’y a pas d’inégalité de nature mais de développement entre les peuples. Il justifie donc une mission civilisatrice de l’Occident au nom d’une conception linéaire du progrès. En réaction, et à la suite de la prise de conscience des effets destructeurs de la colonisation, un certain relativisme culturel va s’instaurer et discréditer toute intervention de l’occident au nom du respect des différences. Entre ces deux extrêmes, il faut affirmer une conception d’un progrès qui doit être partagé par tous. Il est donc nécessaire de respecter les héritages, les traditions, les spécificités culturelles, lorsqu’elles ne portent pas atteinte à la dignité de la personne humaine ; et ne pas en faire table rase au nom d’une idéologie dominatrice du progrès. De même, du progrès doit résulter un effort de partage et d’assistance aux peuples démunis. Il faut léguer aux générations futures une conception active du progrès qui comporte une dimension véritablement universelle.

Conclusion :

(Pierre-André Taguieff, « Du Progrès » Essai 2001)

Ce sera aussi aux générations futures de moduler leur conception du progrès en fonction de leur représentation de l’Homme. En effet, la conception même du vivant se modifie sous l’impulsion des biotechnologies (intelligence artificielle, mutations génétiques) et tous les possibles se transforment en probabilités. Une réflexion éthique et une mise en garde s’imposent pour ne pas dévoyer le progrès. Il faudra notamment éviter une dérive majeure : l’espoir d’un monde meilleur et d’un perfectionnement indéfini de l’Homme ne doit pas venir légitimer un programme de sélection systématique des êtres humains utilisant comme instruments la procréation assistée et l’eugénisme. La composante au cœur du progrès doit donc demeurer le respect de la valeur intrinsèque de tout homme.

Poursuivre votre lecture :

- Aucune espèce d’Etat ne peut assurer le bonheur de qui que ce soit. Malraux

- Introduction à la notion d’utopie

- Existe-t-il une médiacratie dans la société contemporaine française


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